Voyage à Xaurboi : le Dédale

Maisons à Roubaix (cet article fait suite à Voyage à Xaurboi : la ville fantôme)

Ma divagation me conduisit ensuite à un dédale d’habitations. Là, les constructions s’entassaient comme un jeu de briques monstrueux qu’un enfant colérique aurait empilées avec rage sans but précis, comme l’oeuvre d’un démiurge survolté. J’empruntai un escalier et montai à travers des blocs géants de briques et de tuiles, comme entre les éboulis d’une fantastique passe. Rien n’y semblait avoir été bâti de la main humaine. C’était un enchevêtrement de passages et de sentes se faufilant entre les murs dont les maçons auraient perdu le fil à plomb. Rien ne semblait droit. Horizontales et verticales se disputaient en se croisant et se décroisant dans un espace sans directions et sans axes. L’ordonnancement du monde s’était échappé et offrait au regard le spectacle étourdissant du chaos. Et après quelques instants, j’avais perdu tout sens de l’orientation, refaisant sans cesse le même chemin sans que je puisse trouver la clé de mon échappatoire. Je hélai un enfant pouilleux dans l’espoir qu’il m’offre ses lumières, mais à peine ma voix résonna-t-elle entre les pans de ce désespérant labyrinthe qu’il me tourna le dos et s’enfuit en courant. Alors je poursuivis encore seul pendant longtemps ma lente progression tirant toujours derrière moi mes quelques affaires, bribes de souvenirs d’antan, restes d’une vie perdue, lourd fardeau, qui lançait dans mon corps usé une douleur indicible de fatigue.

Dans le silence blafard de ces tortueuses ruelles, mon lourd pas traînant cognait comme des coups sur un caveau et sonnait un air lugubre empli d’humidité et de tristesse. Son frottement sur les marches de pavés rugueux et gris sciait le silence d’un rythme pesant et me faisait ressentir tout le poids d’un éreintement lointain. Et derrière moi, mon corps projetait une ombre pâle et vide dont les contours flous dessinait un moi étrange et difforme sur l’ocre rouillé des briques noires de la cité.

Malgré le soleil, la lumière pénétrait à peine ici bas. Seul un halo gris parvenait à nimber de  couleur terre ce monde de tranchées tortueuses, ce dédale, qu’un peuple gris habitait et dont la présence invisible soufflait sur mon cou comme la chaleur de l’haleine malsaine d’un monstre famélique.

Je parvins à un croisement duquel je devais choisir ma direction, à droite ou à gauche, ou encore plus loin devant moi. Ma tête, tourmentée par la faim, me tournait et me faisait voir en double ces chemins. Je parvenais à peine à m’avancer encore et prit l’un d’eux au hasard.

(Lire la suite)

Publicités

A propos Olivier Sauvage

Entrepreneur, blogueur, mes pensées n'engagent que moi
Cet article, publié dans Fictions, Galerie, Photos, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Voyage à Xaurboi : le Dédale

  1. Ping : Voyage à Xaurboi, la ville fantôme | Le Petit Becquart Illustré

  2. Ping : Voyage à Xaurboi : Le Pont | Le Petit Becquart Illustré

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s