Voyage à Xaurboi : Le Pont

 

Pont de Roubaix près de la Gare

(Lire l’episode précédent)

Un pont surmontait les maisons. La construction d’acier franchissait d’un tenant un creux dans lequel se nichaient encore mille autres habitations et dont je voyais de ma hauteur le scintillement frêle des tuiles brunes, rouilles et sang, des toits dont les inclinaisons variées composaient en reflétant la lumière une  mosaïque de nuances infinies. Ce tableau impromptu jouait avec les papilles de mon imagination et agissait dessus comme les mille et une saveurs d’un dessert somptueux. Je m’arrêtai là, me reposant, assis sur mon misérable bagage, m’épongeant le front pour effacer la sueur qui perlait à sa surface.

Au dessus de moi, des treillis d’aciers du silencieux édifice, me parvenaient les croassements âcres de grands corbeaux qui, comme des gardes impassibles, perchés droits sur les poutrelles, avaient l’air de surveiller l’horizon d’une menace lointaine. Une brise sèche caressait mes cheveux et jouait avec en les faisant onduler et vibrer comme des flammèches. Mais elle était tiède et ne m’apportait aucun réconfort. Je ressentais la désagréable sensation de ma chemise trempée par la sueur collant à ma peau et je priais mon dieu intérieur de m’apporter un peu d’eau. Mon imprévoyance m’apparaissait maintenant comme une stupide faute, ma propre punition, et je regrettais amèrement la légèreté qui m’avait fait entreprendre ce voyage sans réserves. Je connaissais pourtant la réputation de Xaurboi et l’inhospitalité de ses habitants, mais mon impatience avait fait le lit de mon impréparation et je m’en maudissais maintenant sans compassion.

La chaleur devenait accablante, même si on ne voyait maintenant le soleil qu’à travers un voile gris et épais de suie noire, cette suie qui recouvrait tout Xaurboi comme une maladie de peau. Boire, il me fallait boire. Je me relevai et m’approchai du bord du pont pour regarder au loin dans le vain espoir de distinguer dans l’enchevêtrement informe en contrebas un quelconque établissement qui m’offrirait de quoi étancher ma soif. Mais rien ne m’apparut, rien d’autres que des maisons, des maisons à l’infini, des étages empilés les uns sur les autres à perte de vue.

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