Voyage à Xaurboi : le Château d’Eau

Château d'eau à Roubaix

(Lire l’épisode précédent)

Je remerciai le prêtre et le quittai. Il me salua tristement et s’en revint à ses prières. Je repris ma marche. Ma valise qui claudiquait lourdement sur le pavé des ruelles que je traversai au son d’un silence semblable à celui d’une plaine enneigée tirait toujours sourdement sur mon bras endolori. Toute fenêtres fermées, la ville m’épiait, mais je ne voyais pas les centaines d’yeux posés sur mon dos et qui cherchaient à comprendre ce que voulait cet étranger. Un étranger… sans doute, les habitants de Xaurboi n’étaient-ils pas habitués à en voir souvent depuis bien longtemps. Et pourtant, leur curiosité s’arrêtait là, à ces regards lancés discrètement, à des murmures, à des souffles, comme s’il n’y avait rien d’autre à accomplir. L’étranger restait un étranger et il n’y avait rien à en tirer, pensaient-ils. Rien à en tirer.

J’aperçus au loin, parmi les cheminées et les antennes, un monument plus imposant. Il était porté par des arches hautes et solides. C’était un réservoir, un château d’eau, cerclé de métal. Tant bien que mal, en essayant de garder le cap, je m’en approchais.

Des tentes de carton, des abris faits de simples sacs de plastique ou de toile, de vieilles planches assemblées au dessus de quelques parpaings ou briques formaient un campement qui se répandait en désordre à ses pieds. Des fumées éparses qui s’échappaient de tuyaux en zincs répandaient une odeur âcre et nauséabonde si forte que je dus me couvrir le visage d’un mouchoir. Là, quelques vagues âmes, à peine distinctes dans cet enchevêtrement, attendaient accroupies ou debout, l’air hébétées, comme écrasées de fatigue. Nul parole, nul mot ne s’élevait de cette masse informe dont seuls, parfois, le croassement de quelque noir volatile venait rompre le silence.

Tandis que mes pas me menaient vers elle, la masse imposante du château d’eau se révélait dans toute sa mesure. Ceux qui l’avaient conçu avait sans doute voulu que ce symbole de la ville soit visible par tous ses habitants. Il avait donc été érigé sur un relief et dominait une partie du paysage, mais aujourd’hui, son inutilité n’en paraissait que plus flagrante. Le large réservoir d’acier riveté était traversé de part en part par une gigantesque fissure comme si le coup d’épée d’un géant l’avait fendu en deux. Et il n’y avait presque plus d’eau à l’intérieur. Ceux qui campaient là faisait commerce de ses maigres réserves, à peine renouvelées par les rares pluies que le ciel faisait tomber sur Xaurboi.

Je demandai à l’un de ces marchands improvisés s’il pouvait m’en vendre un peu et l’homme, sans âge, en échange de quelques pièces, accepta de me donner une gourde pleine de cette eau dégoûtante que j’avais bue chez le prêtre. Je la rangeai précieusement dans la poche de mon manteau et m’éloignai. Je laissai derrière moi ce vestige de la puissance disparue de Xaurboi, errant à nouveau à travers les ruelles difformes de cette infernale ville.

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A propos Olivier Sauvage

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