Voyage à Xaurboi : l’Eglise

Eglise de Lambersart

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J’entrai dans une église dont la haute silhouette pénétrait le ciel. On aurait dit que des siècles y avaient passé leur inexorable oeuvre. Une lumière fade tombait des vitraux déteints et peignait à l’intérieur un paysage fantomatique blanc et sombre. Las, je m’avançais dans ce lieu étrange pour y trouver un peu de repos.

Un prêtre, les genoux enfoncés dans la poussière,  y priait. Son murmure précipité me parvenait et je m’approchais lentement derrière lui. Il se leva et partit. Je m’assis sur un banc et attendit. Un peu de fraîcheur me réconforta. Un saint triste et décati me regardait. Tout ne semblait que désolation. Les ors d’antan étaient ternis et ne brillaient plus que d’un éclat mort. L’air sentait l’humidité et le bois pourri comme dans une cave. Des mousses recouvraient la pierre et la brique aux interstices et couraient comme la lèpre du sol à la voûte de la nef. Et j’entendais le clapotis de gouttes qui tombaient des plis et recoins de cette sinistre bâtisse.

Le prêtre revint derrière moi et me parla. Il me dit qu’il n’avait plus d’ouailles et que les corbeaux étaient ses seuls visiteurs. Puis il m’invita dans son presbytère et m’offrit une eau saumâtre que je bus lentement malgré son goût infect. Mais j’avais tellement soif ! C’était un homme malingre touché par la maladie. Sa peau était frêle et je vis aux tempes de son front courir plusieurs veines qu’un sang noir faisait battre. Dans ses yeux bleus enfoncés il n’y avait qu’une sorte de peur et de désespoir que pas même ma visite n’illumina. Je regardai ses énormes mains posées sur la table, toute veinées comme parcourues d’immense racines. Et qui tremblaient. Sa soutane sentait l’urine et la crasse.

Nous restâmes là un bon moment en silence. Je buvais et il me raconta comment les habitants de Xaurboi avaient déserté son église. Ils s’en étaient allés après la fermeture des usines. Il n’y en avait plus ici à Xaurboi. Tandis qu’un temps leurs belles cheminées grandes et fines comme des flèches emplissait l’horizon de fumées noires, le ciel d’aujourd’hui ne connaissait plus que la nébulosité sale de la brume qui régnait de manière permanente saison après saison. Et les habitants étaient partis. Au début, ils venaient prier pour réclamer le retour des usines, pour que Dieu leur redonne du travail, mais devant son silence, ils se découragèrent peu à peu et commencèrent à douter de sa miséricorde. Certains allèrent même jusqu’à mettre en doute sa toute puissance. Puis, les rangs se vidèrent. Ce furent les hommes qui disparurent en premier, puis les femmes. A la fin, il ne restât plus que les vieilles, jusqu’à ce qu’elles disparaissent elles aussi une par une. On ne réclamait plus les services du curé que pour les enterrer.

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A propos Olivier Sauvage

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2 commentaires pour Voyage à Xaurboi : l’Eglise

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