Voyage à Xaurboi : la porte

Porte de maison années 30 à Lambersart

(Lire l’épisode précédent)

A l’adresse qu’on m’avait indiquée correspondait une baraque délabrée, une de ces maisons de briques comme il y en avait des milliers à Xaurboi. Sa façade pendait comme un vieux visage flétri par le temps et je m’approchai de la porte pour y frapper. Au bout de quelques instants, j’entendis le bruit du loquet cliqueter et un visage de femme vient à passer par l’ouverture. Je me présentai, lui montrai mon papier et alors elle me fit entrer.

Je la suivis dans un couloir sombre, puis elle me fit assoir dans ce qui devait être la cuisine. Une pièce vide et nue presque sans mobilier et sans accessoires. Je ressentai une pauvreté immense dans ce dénuement pathétique. J’attendis, puis mon hôte apparut. C’était un vieil homme au crâne dégarni. Il se nomma poliment et me fit savoir son contentement à me voir. Il dit qu’il ne pensait pas que j’arriverai si tôt et que c’était une bonne surprise. Ensuite, il me demanda si il pouvait m’offrir quelque réconfort et je lui dis que la soif me brûlait le gosier. Alors la femme, sa servante supposai-je, vint m’apporter un un verre de vin que je bus avidement malgré un goût aigre et acide comme du vinaigre.

Le vieil homme me dit que la ville était dans un état bien triste, mais qu’il espérait que les choses changeraient bientôt. Ma visite en était la preuve, ajouta-t-il. D’après lui, plus de la moitié des habitants étaient partis. Ceux qui restaient n’avaient plus la force de rassembler leurs affaires et ne partaient pas, plus par désespoir que par espoir de voir chanter des lendemains meilleurs. La dernière usine fermée, les plus jeunes s’étaient tous empressés d’aller donner leurs bras ailleurs. Il me demanda combien de temps je comptai rester et je lui dis répondis que je resterai pour la nuit et repartirai ensuite. A ces mots, d’un geste il fit signe à la vielle femme de me montrer ma chambre. Celle-ci me fit signe à son tour de la suivre et j’emboitais ses pas.

Je montais derrière elle un petit escalier crasseux et elle me fit entrer dans une petite pièce suintant l’humidité et puant la saleté. Au milieu se trouvait un lit. Sur le côté, il y avait juste une armoire à l’intérieur de laquelle elle glissa mes affaires. Puis nous redescendimes ensemble à la cuisine où elle me prépara un repas.

Je mangeais, seul, pendant que le vieil homme m’observait. Il n’y avait qu’une ampoule blafarde au plafond pour nous éclairer. La soupe était infecte et le pain rassis, mais je me contentais de ces humbles aliments à défaut de mieux. Puis, une fois fini, l’homme m’offrit un cigare. Nous fumâmes ensemble en silence dans un nuage de tabac âcre. La nuit tomba et me mettais au lit avec l’envie pressante d’aboutir au but de mon voyage et quitter cette ville infâme.

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A propos Olivier Sauvage

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