Voyage à Xaurboi : Le mur (suite)

Mur d'usine à Tourcoing

(lire l’épisode précédent)

Puis le mur s’enfonça dans un champ balayé par la une bise douce et gracile. J’y foulai de mes pas les herbes hautes qui se penchaient sous la houle dans un somptueux mouvement de va et vient. Et la surface du champ ressemblait à s’y méprendre à la surface de la mer qu’une vent impétueux modelait à sa guise. Je courus. Je m’enfuis. A cet instant, j’avais envie de hurler à pleins poumons ma peine, ma douleur, mon désespoir.  Ce mur était d’une longueur ! Il ne s’arrêtait pas. Et bien que je sprintais du plus fort de mes jambes, sa fin se défilait toujours et encore. Mais qui était l’idiot qui avait pu faire édifier un tel bâtiment ? N’en pouvant plus, je me jetais par terre avec ma valise et me roulais dans les herbes. Arrêté enfin, je ne reprenais qu’à grand peine ma respiration, expirant et inspirant à grands coups l’air de mes poumons.

Un soleil jaune et puissant dardait ses rayons sur la plaine paisible et m’écrasait de chaleur. La transpiration avait trempé ma chemise et mon pantalon dont les étoffes collaient à ma peau en me grattant désagréablement. A demi aveugle, j’essuyais mon visage trempé de sueur et enlevai des gouttes de mes yeux en plissant le regard. Autour de moi, rien. L’horizon était désert. Au loin, les hommes du mur avaient disparu ou s’étaient abrités de la lumière quelque part, dans un endroit que je ne voyais pas. J’eu alors l’impression qu’il ne restait plus que moi dans cette ville et je profitais de la sensation douce que procure cette immense solitude que l’on ressent parfois en regardant un paysage vierge d’humanité. Non pas une solitude pesante ou oppressante ou triste. Une solitude bienfaisante, exaltante, comme celle que doivent ressentir les explorateurs lorsqu’ils sont les premiers à fouler le sol d’une contrée inexplorée et découvrent un lieu qui alors peut leur appartenir tout entier, un lieu où il n’y a pas encore de règles ni de lois, un lieu qu’ils peuvent prendre et posséder sans qu’aucun être humain ne viennent les en empêcher. Un lieu qui est comme un trésor enfoui dans le sable d’une grotte dans les falaises d’une île perdue. Et c’est exactement cela que je ressentais à cet instant, pour la première fois, à Xaurboi. Un sentiment de plénitude, de bonheur et de joie, un sentiment de soulagement après toutes mes errances. J’avais vraiment la sensation d’avoir découvert un trésor qui m’appartenait et que personne ne pourrait me prendre.

Je ne sais pas combien de temps j’avais couru, mais une chose était certaine, c’était que je m’étais éloigné pour de bon de la civilisation et que j’avais trouvé au milieu de la ville cet îlot de verdure, cet écrin, ce lieu qui semblait être revenu totalement à la vie sauvage. Car, à cet endroit, tout semblait véritablement abandonné. Et personne ne semblait y avoir mis les pieds depuis un bon bout de temps. Je me sentais enfin seul et je me sentais bien.

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