Voyage à Xaurboi : dans la Tour

Entrée d'une cave

(lire l’épisode précédent)

Sans savoir pourquoi, j’avais la sensation d’atteindre enfin le but de mon voyage. Cette tour, si impromptue dans la ville, m’attirait avec une force dont l’origine échappait à ma raison et, malgré la désolation qu’elle m’inspirait, je comprenais d’une certaine manière que je devais lui obéir et venir à elle comme on vient à Dieu dans le transept d’une église. Plus rien d’autre n’avait d’importance maintenant que d’escalader les marches qui menaient à son sommet et me soumettre à la volonté qui s’y cachait. Je subissais cette emprise en en acceptant toutes les conséquences, peut importe qu’il m’en coutât la vie.

Pas à pas, donc, je m’enfonçais en son coeur obscur. Car, en son plus bas niveau, hormis par l’entrebâillement de la porte, aucune lumière n’y pénétrait. L’obscurité y avait l’apparence du fond d’un puits à la profondeur incommensurable. Une chatte même n’y aurait pas retrouvé ses minets. Sous mes pieds, tandis que j’avançais en aveugle vers son centre, j’entendais craquer mille brindilles, crisser mille graviers, clapoter mille chose dont je ne pouvais deviner la nature. Et l’humidité si forte que j’avais senti en ouvrant la porte remontait à travers mes semelles comme si elles avaient été percées de mille trous et que l’eau passait à travers. J’étais tant pris par l’angoisse qu’un frisson aussi fort que si j’avais reçu une ruade de cheval dans le dos me secoua entièrement. J’en faillis presque en perdre l’équilibre.

Pour m’éclairer, je me souvins que j’avais dans une des poches de mon manteau, je ne sais pour quelle raison, une boite d’allumettes. Transi de froid, je recherchai en tâtant le précieux sésame qui me permettrait d’avancer et, après une fouille rapide, extrayai la boîte que j’ouvris en tremblant tout en essayant de n’en pas déverser le précieux contenu sur le sol détrempé. Et après quelques gestes maladroits, je parvins enfin, dans un grand cri de triomphe à frotter l’une des précieuses tiges contre le grattoir et, soudain, la lumière fut ! Une toute petite auréole de chaleur brune qui me donnait à peine de quoi voir à plus de un mètre devant moi, mais me permettait au moins d’avancer sans buter contre le moindre caillou. Lentement, je fis un tour d’horizon, puis, à demi-rassuré, entamai rapidement mon exploration en direction d’un lourd escalier de pierre d’où je sentais provenir le chant inaudible qui m’avait fait entrer à l’intérieur.

(lire la suite)

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A propos Olivier Sauvage

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