Voyage à Xaurboi : la grille

Maison abandonnée à Roubaix(lire l’épisode précédent)

L’oiseau me frôla et passa si près de mon occiput qu’il en arracha une bonne touffe de son bec, ce qui, dans ma détresse et ma peine, me fit maudire ma mère et tous ses ancêtres, sans m’apporter pour autant le moindre soulagement. Mais déjà, le fier rapace se préparait à replonger sur moi, me laissant à peine le temps de citer tous les noms de la terre. Il me fonça à nouveau dessus et ne m’offrait nulle autre échappatoire que de me lacérer à travers les fourrés de ronce pour espérer trouver un abri dans l’église qui, je l’espérais, m’offrirait la sécurité dont j’avais besoin. Mes jambes s’actionnèrent de manière autonome et me poussèrent, au prix de douleurs sans nom, dans sa direction. Déjà, j’apercevais une grille qui indiquait la limite de son territoire. Une grille ? Mon Dieu, criais-je, pourvu qu’elle soit ouverte ! Pourvu que ce ne soit pas une épreuve de plus. Le monstrueux prédateur me frôla encore enfonçant cette fois ses serres dans mon épaule et en en entaillant la chair de manière si profonde que je pus sentir le souffle de l’air sur mes os. Puis il s’éloigna, avec un air de bombardier en piqué retors, prêt à une nouvelle attaque.

Soudain, la grille ! Et elle était fermée et me bloquait l’accès à un endroit où me protéger. Oh bonne mère ! Comment pouvais-je jouer autant de malchance ? Quel Dieu malfaisant pouvait tant désirer mes souffrances ? Je me jetais contre les barreaux et m’en saisis de toutes mes forces. Je tirais dessus comme un mulet, je m’échinais avec ce qui me restait d’énergie à tirer les lourds battants vers l’extérieur dans le mince espoir de m’ouvrir un passage jusqu’à la salvation. Mais la herse ne bougeait pas. La crasse et les saletés, accumulées sur le pavé depuis des temps immémoriaux, en bloquaient totalement le mouvement, et avait fait de l’ouverture de la grille en un vain rêve. Et impossible de passer par dessus ! Une rangée de piques acérés comme des lances de hallebardiers suisses l’avait transformé en une barrière infranchissable. Alors je donnai un immense coup de reins, puis deux, puis trois, pendant que le condor, revenu à l’assaut, me déchiquetait le crâne ! Mes pieds défonçaient les barreaux désespérément. Mon corps en entier n’était plus qu’un muscle, dédié à un objectif. L’ouverture de cette grille noire et rouillée ! Puis, soudain, enfin, le miracle tant attendu se produisit. Et dans un grincement lugubre, elle bougea d’un centimètre, puis d’un deuxième et encore de quelques autres centimètres, jusqu’à ce l’ouverture ainsi créée suffise à me laisser pénétrer dans la cours qui se trouvait derrière. Je me précipitai en chancelant vers un porche, tirait à nouveau une porte, qui s’ouvrit, et m’effondrait à l’intérieur de l’édifice qui venait de me sauver la vie.

C’est alors que je le vis !

(lire l’épisode suivant)

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A propos Olivier Sauvage

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2 commentaires pour Voyage à Xaurboi : la grille

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