Voyage à Xaurboi : Seul à Xaurboi

Vitrail de la Piscine à Roubaix

(lire l’épisode précédent)

Les Maîtres avaient abandonné Xaurboi depuis des âges. Etaient partis sans laisser d’adresse ne laissant en cadeau aux habitants de la ville que ce palais que le Gardien avait la tâche de conserver et de garder jusqu’à leur hypothétique retour. Cela faisait 50 ans. Et ils n’étaient jamais reparus. Le Gardien voyait venir maintenant son crépuscule et ma venue le réjouissait autant qu’elle le soulageait. Mourir serait une délivrance et il n’attendait plus que moi pour s’en aller. Je compris alors soudain le sens de sa phrase, puisque j’étais le nouveau Gardien.

Une colère immense, que l’alcool amplifia, grandit en moi. Je me sentais comme la victime d’un complot, un stratagème machiavélique. Mon mal ne venait pas de l’intérieur. Il avait été programmé. On m’y avait contraint. Tout mon destin avait été fabriqué par ces Maîtres dont je ne connaissais pas le visage. Pour garder leur trésor, ils avaient eu besoin d’un remplaçant et m’avait fait venir, moi, pour je ne sais quelle raison, parmi des millions d’autres. Je n’étais qu’un pion sur leur échiquier.

Je jurais en comprenant leur plan. Je les haïssais, qui qu’ils fussent, je les maudissais ! Et je maudissais encore plus ce vieil homme, ce gardien ridicule et pathétique, ce vieillard fourbe qui, sachant ma destinée, se moquait de moi et me riait au nez. Ah ! Ils avaient bien réussi leur coup ! Ils m’avaient bien roulé !

Et plus je prenais conscience de cette machinerie, plus ma haine se fortifiait. Dans ma main, je tenais la pierre que l’inconnu près du mur m’avait donné et je la serrai de plus en plus fort, comme si j’avais voulu la broyer. Et pendant que l’autre, le vieillard, continuait à déblatérer avec volubilité, je la sortais de ma poche et la tendis au dessus de moi.

Je me précipitais alors sur lui et abattis mon arme improvisée sur sa tête. Les os craquèrent, le sang bouillonna et une pâte visqueuse et noirâtre inonda ses cheveux. Je frappai à nouveau avec la force d’un condamné aux travaux forcés. A nouveau, les os craquèrent et giclèrent, mêlant la masse blanche du cerveau au sang aux cheveux aux morceaux d’os dans une bouillie infâme. Je frappai et je frappais encore jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de ce visage, de cet homme, de ce vieillard décrépi à qui je faisais ainsi le cadeau de sa délivrance.

Une mare de sang noir se figea sur les lames du plancher. Je m’arrêtai de frapper. Le cadavre de l’homme pendait tristement du sofa. Son âme avait fui et s’était envolé vers les cieux. J’étais à nouveau seul, seul à Xaurboi.

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A propos Olivier Sauvage

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