La machine à tenir les promesses

Le Professeur Pignole présentant une ses inventions à l'Assemblée Nationale

Tenir ses promesses, en politique, comme dans de nombreux domaines, est devenu chose difficile. Un génial inventeur, français qui plus est, nous présente ici sa formidable invention : la machine à tenir les promesses.

C’est en Lorraine, à Bouvron, que Jean-Ernest Pignole, instituteur à la retraite, bricole tous les dimanches, dans son petit garage, ses inventions. Sa vocation d’inventeur, il a depuis son plus jeune âge. « J’ai toujours rêvé d’inventer fusée spatio-temporelle. » dit-t-il nous dira-t-il lors de notre visite. Mais, il est bien difficile de mener une double carrière de front et ce n’est que depuis son départ à la retraite en 2007, que Jean-Ernest peut se consacrer à 100% à sa passion.

Plusieurs fois remarqué au concours Lépine

Un premier prototype de la machine à tenir des promesses. Malheureusement, elle dut être abandonnée en raison de se propension à tenir le promesses de travers.

Un premier prototype de la machine à tenir des promesses. Malheureusement, elle dut être abandonnée en raison de se propension à tenir le promesses de travers.

Plusieurs fois remarqué au concours Lépine avec notamment sa machine à rendre carré les carottes (pour les ranger plus facilement, dixit notre géo trouvetou lorrain), il nous revient aujourd’hui avec une invention qui, selon ses dires, va révolutionner le monde.

« Ca fait deux ans que nous l’expérimentons avec le gouvernement et, malgré quelques ratés, nous sommes en bonne voie de réussir », affirme-t-il avec assurance.

En nous faisant pénétrer dans son garage, fermé à clé par quatre cadenas (« je me méfie des espions chinois. il y en a partout. L’autre jour, ma femme en a vu un qui courait dans le jardin. Je n’ai pas hésité à lui tirer dessus. Depuis, plus de chinois, dit-il en riant malicieusement ! »), nous découvrons l’atelier d’un inventeur. Des tubes à essai partout, des écrans d’ordinateurs remplis de courbes et de chiffres, une machine à remonter le temps (« je l’ai mise au point avec ma femme. Elle marche bien, mais il faut que je change les piles). C’est le parfait attirail du petit inventeur en herbe. Sauf que… Jean-Ernest n’est pas un farfelu. Loin de là. Ses travaux ont déjà trouvé echo dans les plus grandes revues scientifiques internationales (« Nature m’a promis qu’il publierait une recension sur mes travaux sur mon piège à taupes connecté. ») et il concourt déjà pour le prix Nobel de Physique (« A moins qu’ils ne refusent mon dossier, comme chaque année, mais ils n’y comprennent rien, c’est pour ça. »).

Une expérimentation en cours avec le Gouvernement

Jean-Ernest Pignole en pleine réflexion

Jean-Ernest Pignole en pleine réflexion pendant que des espions chinois tentent de lui voler ses idées

Au centre de la pièce, sur un établi mal éclairé, dissimulé sous un drap, repose l’objet de notre visite. « A part Jean-Marc et François (ndlr : Ayrault et Hollande), personne ne l’a encore jamais vue. Vous serez les premiers. J’espère que vous me ferez bonne presse. » Nous le lui promettons évidemment, tant l’honneur est grand pour nous de découvrir cette machine révolutionnaire.

« Mais attendez ! Avant que je vous la montre, il faut peut-être que je vous explique comment elle fonctionne. » Nous acquiesçons.

« Et elle a déjà fonctionné ?, demandons-nous avidement ? »

« Bien sûr, ça fait deux ans que Jean-Marc et François l’utilisent. Je l’ai présenté il y a un mois à Manuel [Valls : ndlr], mais il n’a pas semblé intéressé. Les jeunes ! Ils n’y comprennent rien ! » lance-t-il à l’entourée en jetant le bras en l’air.

« Pourriez-vous donner un exemple ? »

Il nous regarde étonné.

« Bien sûr ! Vous n’avez pas entendu parler de l’inversion de la courbe du chômage ? »

L’inversion de la courbe du chômage… cette promesse de notre Président en 2012 qui ne s’est toujours pas réalisée. C’est à notre tour d’être interloqué.

« Que croyez-vous qu’il se soit passé ? »

N’ayant pas l’intention de vexer notre interlocuteur, nous lui expliquons que l’inversion ne semble toujours pas s’être faite, mais dès ces mots sortis de notre bouche, Jean-Ernest est pris d’un éclat de rire.

« Je le savais, je le savais ! » s’esclaffe-t-il. « Vous n’avez rien compris. Mais nous ne voyez donc pas ? »

Encore une fois, mon stagiaire (j’ai toujours un stagiaire avec moi) et moi nous regardons étonnés.

Premiers effets visible sur la courbe du chômage

Grâce à l'invention du Professeur Pignole, l'industrie pourrait vraiment repartir en France

Grâce à l’invention du Professeur Pignole, l’industrie pourrait vraiment repartir en France

« Rendez-vous compte, s’il n’y avait pas eu la machine à tenir les promesses. Le chômage aurait été multiplié par trois ou par quatre, dit-il d’un seul coup le plus sérieusement du monde. Grâce à elle, nous n’avons pas eu encore l’inversion, mais nous avons pu limiter les dégâts. »

« En effet, dis-je, c’est probant. » Tout en me massant pensivement le menton.

« Et nous n’en sommes qu’au début, ajoute Jean-Ernest de manière de plus en plus exalté ! Imaginez toutes les applications possibles ! En politique, les promesses non tenues ne seront bientôt plus qu’un mauvais rêve. Les enfants ne pourront plus mentir à leurs parents. On ne pourra plus jamais faire une promesse sans la tenir ! C’est pas une révolution, ça ? C’est quand même autre chose qu’un iPhone ou un iPod ! Excusez-moi du peu ! »

« Et euh… comment ça marche ? » demandé-je quelque peu troublé par une telle révélation.

« C’est un secret de fabrication, bien entendu ! Mais je vais vous dévoiler l’appareil et vous allez voir. »

Voici à quoi ressemble la machine du Professeur Pignole

D’un coup, Jean-Ernest se précipite sur le voile blanc au milieu du garage et le tire brutalement dans un geste de prestidigitateur un peu théâtral. D’un coup, d’un seul, alors, nous découvrons la merveille. C’est un ordinateur. Qui n’a l’air de rien. Un vieil ordinateur des années 80. Avec son petit écran noir et vert, son boîtier énorme pour y mettre des disquettes. Rien d’extraordinaire en somme.

« C’est un ordinateur ? demandé-je timidement ? »

« Est-ce que ça a l’air d’un ordinateur, me réplique, un peu vexé, Jean-Ernest ?

– Oui.

– Eh bien, contrairement aux apparences… ça (et il marque une longue pause), c’est la machine révolutionnaire dont je viens de vous parler. Evidemment que ça ressemble à un ordinateur, mais ce qui compte est dedans, à l’intérieur. Et ça je ne peux pas vous le montrer. Par contre, vous pouvez prendre des photos de l’ordinateur, comme vous l’appelez. »

Je fais signe à mon stagiaire de mitrailler la machine avec son appareil photo. Ce qu’il exécute immédiatement comme s’il photographiait une Joconde retrouvée dans un grenier.

Pendant ce temps, Jean-Ernest s’assoit au pupitre de l’ordinateur et appuie sur un bouton pour l’allumer. Un bruit discret de ventilateur se fait entendre et l’écran semble s’éveiller en émettant quelques lumières vertes et blanches à l’écran.

« Ca ne prend que quelques instants. Je vous demande de patienter. »

Moins de quelques minutes suffisent à tenir une promesse

Nous nous exécutons avec mon stagiaire et attendons. Au bout de quelques minutes, un champ texte apparait avec une question à l’écran : « Bonjour, quel est votre âge ? ».

Jean-Ernest nous regarde d’un air radieux. Il semble imprégné de triomphe et de gloire attendant notre réaction avec un trépignement d’impatience.

« Il faut répondre ? », lui dis-je avec un air hagard et désespéré.

« Bien sûr que non, lance-t-il avec colère ! On ne peut pas s’en servir comme ça ! Une promesse doit être tenue. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait à la légère. Je ne vais pas vous demander de vous en servir comme s’il s’agissait d’un vulgaire traitement de texte, alors que vous avez là devant vos yeux la machine la plus révolutionnaire de tous les temps ! »

« Effectivement. » réponds-je n’étant pas sûr de bien comprendre.

Fonctionnement

Schéma électrique de la machine

Schéma électrique de la machine

« Le principe en est simple, nous explique-t-il. La machine vous pose quelques questions sur votre âge, votre sexe, vos revenus, etc. un peu comme un formulaire administratif, puis, vous lui expliquez en quoi consiste votre promesse en quelques phrases. Les données sont donc rentrées dans l’ordinateur, puis elles sont analysées par un programme très complexe et stockées dans une puce à mémoire sélective de ma fabrication. C’est là que s’enclenche le processus. A travers le réseau Internet, la machine commence à télécharger des « packets » de données chargées en helium. Cet helium au contact des écrans d’ordinateur, de téléphone portable ou de tablette se métamorphose ensuite en mode de pensée télégénique et est propulsé à l’intérieur du cerveau des utilisateurs qui reçoivent ainsi la promesse sous forme d’électrons neutrogéniaux. Et à partir de ce moment, la promesse se met en oeuvre. Vous comprenez ?

– Heuuuuuu…

– Oui, j’avoue que c’est un peu compliqué, mais si c’était simple, tout le monde aurait pu l’inventer. Donc, une fois que les molécules d’électroencéphalites , telles que décrites par le Pr Eddy Malou, ont agit sur le cortex précérébrale supérieur de l’encéphalite spongieuse, se produit un phénomène de récurrence prédictive qui transforme la promesse en paroles indisctinctes à un niveau préconscient de l’hipotalamus. Vous me suivez toujours ?

– Pas du tout !

– Aucune importance, du moment que je me comprends et que ça marche. A partir de ce stade, deux possibilités ! (et il lève le pouce et l’index en prononçant ces mots). Premièrement, soit le sujet est coexcentrique moyen de manière pondélatérale extrême, soit il ne l’est pas. S’il il l’est, tant mieux, s’il ne l’est pas, une boucle dans le programme regénère un enzyme de décongestion qui subtilise la phéromone active au niveau de la moelle épinière. Alors, et alors seulement, le sujet intègre une hypothèse basse autoréflexive qui déparallélise le myocéphale inférieur. Ainsi, la promesse peut être tenue. Vous voyez ? C’est très simple !

– …

– Quand je dis très simple, évidemment, il faut avoir un certain bagage scientifique, mais n’importe quel chercheur en physique quantique me comprendrait. Je n’ai rien inventé. J’ai simplement mis bout à bout des connaissances qui existaient déjà et, en les combinant d’une certaine manière à l’aide de cette machine, j’ai pu aboutir à ce résultat.

– C’est assez perturbant.

– Je ne vous le fais pas dire. Un thé ? »

Conclusion : ça marche !

La conversation continua ensuite à bâton rompu sur les prochaines inventions de Jean-Ernest Pignole. La voiture volante électrique, la greffe de poil, la téléphonie par transmission de pensée et la téléportation, sujet de sa prochaine invention (« C’est facile, il faut juste que je m’en occupe. ») Le savant nous maintint ainsi jusqu’au bout de la nuit grâce à sa conversation riche et entraînante et aussi à un alcool de sa fabrication personnelle (très bon, admettons-le). Nous le quittâmes au petit matin tandis que sa femme lui demandait s’il avait bien réparé la gazinière (« Ah, les femmes, elles ne comprennent rien à la science, nous dit-il en haussant les épaules. ») Et ce fut la dernière vision que nous eûmes de lui en remontant dans notre Fiat 500.

Le retour sur Tronchon se fit sans encombre. Nous ne dimes pas un mot pendant le voyage. A notre arrivée, le stagiaire me demande si croyais à l’invention du Pr Pignole et je lui dis « sans hésitation » et qu’il était dommage que la France ne fasse pas plus attention aux génies qui l’habitent.

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