Le curé de Tronchon avoue ses meurtres : 26 vieilles femmes assassinées en 30 ans

Kevin Teufla, notre stagiaire

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Par Kevin Teufla, stagiaire (tous ses articles)

Grandville, le Curé et le Mort, 1838

Vue d’artiste du curé pendant une confession

Hier démarrait la première audience au tribunal du procès du père Poliçon, le curé de Tronchon. Un procès épique pour un criminel hors du commun, celui d’un représentant de l’Eglise catholique, un prêtre comme il en existe tant dans nos campagnes, celui d’un homme que la raison a totalement abandonné et a plongé dans l’abîme des crimes les plus abominables.

Accusé du meurtre de 26 femmes, toutes âgées de 74 ans à 96 ans, le curé a tout avoué hier au Juge, devant un public et des jurés ébahis. Jamais, de mémoire de tribunal, on avait vu une telle outreduidance face à la justice.

Pour les lecteurs du Petit Becquart, en exclusivité, nous retranscrivons ici la tirade à laquelle s’est livré le curé pour défendre sa cause.

« Mais moi, Monsieur le Juge, je n’ai fait que le bien. Je n’ai fait aucun mal à personne. Je n’ai fait qu’accélérer l’ordre des choses. J’ai mis de l’huile dans les rouages, j’ai fluidifié le parcours, rendu le chemin plus facile. Toutes ces vieilles étaient au bord de la tombe. Je n’ai fait que leur donner le petit coup de galoche qu’il fallait bien pour les y précipiter. Hop ! Un petit coup de pouce de rien du tout pour les faire passer de vie à trépas, en toute innocence. Quel mal y a-t-il à cela, Monsieur le Juge ? Je n’ai fait que leur faciliter les choses,  à ces vieilles. Les aider à franchir le pas qu’elles n’osaient pas franchir. Je leur ai donné la délivrance qu’elles attendaient toutes avec impatience. Quel mal y a-t-il à cela, je vous le demande encore Monsieur le Juge ?

– Ce sont des meurtres (réponse du juge).

– Des meurtres ? Allons donc ! Tout de suite, les grands mots ! Est-ce un meurtre que de mener à l’abattoir le vieux boeuf qui souffre d’avoir trop tiré la charrue ? Est-ce un meurtre que d’achever le pauvre canasson dont la patte s’est brisé pendant la course ? On abat bien les chevaux, monsieur le Juge ! En quoi, vous me répondrez: ces vieilles, ce ne sont pas des bêtes.

– Oui.

Non, ce ne sont pas des bêtes

– Non, Monsieur le Juge. Ce ne sont pas des bêtes. Raison de plus. Ce sont des femmes. Ou plutôt, c’étaient, des femmes. Car,  cette qualité peut-elle être accordée à des êtres dont la vie se résume à long refrain de souffrances abominables, de plaintes, de solitudes, d’impotence et de décrépitude ? Des êtres humains, certes ! Mais dans quel état déplorable ! Dans quelle condition ! Appelleriez-vous cela une vie, Monsieur le Juge ? De souffrir en silence chaque seconde de son existence, de sentir les rhumatismes vous planter des clous dans tous les os, les varices vous pourrir par le bas, la vessie vous tordre le bassin du petit jour à la tombée de la nuit, le souffle vous suffoquer pour trois marches montées, le dos vous recourber comme une vieille feuille flétrie ? Appelleriez-vous cela une vie de n’avoir pour seul compagnon qu’un vieux chien borgne et impotent ou une chatte pelée grognonne qui vous coure dans les jambes au moindre prétexte ? Appelleriez-vous cela une vie de ne n’avoir à fréquenter que les Pujadas, les Naguis et autre Claire Chazal dans la petite lucarne ? Ces futiles compagnons de pacotille !

La solitude, Monsieur le Juge, est la pire des tortures !

Et qui viendrait briser ce carcan ? Qui viendrait rompre ce cercle ? Les enfants ? Pfouahh, les enfants ! Des ingrats qui n’attendent qu’une chose : qu’elle crève, la vieille ! Qu’elle débarrasse le plancher ! Qu’elle foute le camp ! Qu’elle déguerpisse ! Et qu’elle laisse la place qu’elle occupe inutilement ! Les petits enfants ? Mais ils préfèrent leurs consoles ! Leurs tamagotschis, leurs zipodes et leurs zifones. Qu’est-ce que vous voulez que ça leur fasse une vieille ? Une grand-mère ? Une sorcière, oui ! C’est comme ça qu’ils les voient, les petits enfants ! Des tas de loques et de vieux poils sentant la pisse, leur donnant des Kinder périmés sortis d’un placard moisi. Personne ne les aime, ces vieilles ! Les voisins ? Ils n’attendent que l’occasion pour les culbuter d’un coup de pare-chocs bien ajusté. Le facteur ? Il a de meilleures conversation ailleurs ! Et surtout des clientes plus girondes.

Il y a un droit à mourir, pour la Dignité de l’espèce humaine !

Alors oui, moi, je dis, Monsieur le Juge, qu’il y a un droit à mourir, pour la Dignité de l’espèce humaine ! Pour que cesse cette honteuse torture qu’est la vieillesse dans la solitude ! Pour que les bonnes âmes périssent en joie et qu’elles rejoignent le Seigneur béâtes d’optimisme ! Oui, Monsieur le Juge, voilà mon chemin de croix, ma pénitence ! Je suis un sauveur, un abrégeur de souffrances, un bienfaiteur, un philanthrope, qui, au lieu de distribuer les bonnes grâces, partage l’amour du divin, savonne la planche du salut. Je suis le petit pousseur. Celui qui d’une chiquenaude ouvre la porte du ciel ! En toute modestie, Monsieur le Juge, en toute modestie. Car je ne fais rien ! Je lève à peine le petit doigt. Une goutte d’arsenic dans la tisane. Une tape un peu trop amicale du haut de l’escalier. Des marches un peu glissantes. Un vieux fer à repasser défectueux. Rien que des petits riens. Rien que des petites pichenettes du destin en la personne de votre serviteur, Monsieur le Juge. Mais qu’y a-t-il de répréhensible à cela ? Le Bon Dieu ne voudrait-il pas la même chose ? Ne voudrait-il pas extirper ces pauvres pêcheuses de la prison où elles errent ? Ne voudrait-il pas leur offrir la délivrance ? Moi, je n’ai rien fait, Monsieur le Juge, je n’ai été que la main du Seigneur Tout Puissant. Son pauvre Pancho ! Son simple jouet ! On ne saurait m’en vouloir pour n’avoir agi que sous son impulsion immanente.

– Au cas où vous ne l’auriez pas compris, c’est face à la justice humaine que vous êtes, monsieur le curé, pas celle de Dieu.

– Ah oui, mais je ne le sais que trop bien, Monsieur le Juge. Et c’est bien dommage qu’on me comprenne si bien là haut et si mal ici bas. Mais peut-être l’entendriez-vous autrement, et vous aussi, mesdames et messieurs les jurés, si je vous rappelais aussi combien ces vieilles bigotes dégoutantes coûtent à la société. Des millions ! Des milliards même ! Beaucoup trop, vous ne me ferez pas dire le contraire ! Des centaines de milliers de sous qui partent en pilules, onguents, bandages, piqûres, scanners, électroencardiogrammes, déambulateurs, défibrillateurs, cardiogrammes, chaises roulantes, soins à domiciles et j’en passe, qui ruinent nos chaumières, Monsieur le Juge ! Qui appauvrissent les vivants !

Vous réjouissez-vous de voir vos impôts et vos taxes partir pour les vieux ?

Vous réjouissez-vous de voir vos impôts et vos taxes payer tout ce fatras, cet attirail, cet arsenal ? Pour quoi ? Pour satisfaire la gloriole des statisticiens qui se gargarisent de l’espérance de vie qui progresse ? Ah oui, Monsieur le Juge, elle progresse ! 80 ans ! 90 ans ! 100 ans demain !! Mais pourquoi faire ? Je repose encore la question. Pour que tous, nous croupissions dans des mouroirs jusqu’à ce que nos corps se ramollissent comme des vieilles serpillères et que des blouses blanches que la mort a blasé nous ramassent en se pinçant le nez avant de nous enfourner dans un incinérateur ? Pour survivre à l’état de zombie jusqu’à ce l’électroencéphalogramme devienne plat ? Pour arpenter comme des âmes en peine les couloirs des maisons de retraites ? Ah, elle est belle l’espérance de vie ! Et pendant ce temps là, tout le monde raque ! Paye ! Crache au bassinet ! Des médecins, des gériatres, des infirmières !

Il faut les voir se gargariser, ces sauveurs de l’humanité.

Ces barbares ! Des médiocres apprentis sorciers qui font leurs expériences pour pouvoir un jour graver leur nom dans le marbre écoeurant du Panthéon de la médecine. J’en connais des « Monsieur le Professeur », des grands savants, qui vous lorgnent de derrière leurs bureaux si grands qu’il faut un pantographe pour leur serrer la main. J’en connais du Prix Nobel en gestation ! Qui se gargarisent de belles phrases et de jolis mots qu’il faut une encyclopédie pour les déchiffrer. Ah, mais si vous voulez continuer à les engraisser, Monsieur le Juge, Mesdames et Messieurs les jurés. Allez-y ! Je vous en prie ! Après vous ! Ne vous gênez pas ! Vous aussi, un jour, vous deviendrez leurs cobayes. Et on vous regardera comme on regarde un rat dans une roue. Voilà le bel avenir que nous préparent ces beaux messieurs ! Un monde de cadavres à roulettes ! Je vous en prie, pas pour moi ! Et plutôt que de vous en prendre au révolutionnaire que je suis, vous devriez mettre derrière des barreaux toute cette clique grandiloquente qui ferait mieux de soigner les vivants plutôt que d’entretenir des morts. J’ai dit, Monsieur le Juge !

– Perpétuité ! Au suivant ! »

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