Je me remets au vinyle

vinyle-collection

Vinyle Collection par Laetitia sur Flickr

J’appellerai ça le besoin de toucher terre. De revenir en arrière. De sentir les choses, de les palper. Comme s’il n’était pas possible d’apprécier les choses sans pouvoir les tenir entre les mains, sans pouvoir y référer physiquement, comme des objets.

Certes, par essence, la musique est impalpable. Elle n’est qu’une suite de sons arrangés les uns avec les autres pour former une mélodie harmonieuse, un ensemble, qui nous touche, nous transporte, nous révèle à nous même des ressources insoupçonnées. Alors, quelle différence y aurait-il à écouter un morceau de musique en MP3 et un morceau de musique sur un disque ?

Est-ce une question de génération ? Est-ce parce que nous avons écouté dans notre enfance de la musique sur 33T ou 45T, ou sur cassette, et que nous ne pouvons pas concevoir que son support puisse être aussi abstrait qu’une suite de bits dans la mémoire vive d’un appareil électronique ? Les jeunes générations, nées avec le MP3, ressentiront-elles un jour ce besoin de revenir à quelque chose de plus concret ? A ce support qui, parfois, peut nous manquer, à nous, la génération « d’avant ». Comme si il n’était pas possible de concevoir chaque morceau indissociablement de sa « galette » ?

Cette semaine, quelqu’un, un type comme moi, la trentaine bien tapée, me disait qu’il s’était acheté une platine, rien que pour retrouver la sensation du son d’autrefois, d’avant les ipods. Il me disait qu’il n’en pouvait plus de cette abstraction. Qu’il lui fallait « toucher » sa musique, la tenir entre les mains, sentir la sensation de la pochette cartonnée, pouvoir lire un texte, et par dessus tout, sentir la chaleur et l’imperfection du vinyle qui, d’après lui, avaient complètement disparu depuis l’avènement du compact disc et du MP3.

Ce n’était pas la première fois que je rencontrais quelqu’un qui souhaitait avoir un support physique pour sa musique. Un autre ami à moi, à qui je parlais de Spotify, me disait qu’il préférait quand même acheter les albums. Que sans eux, il n’avait pas l’impression que la musique qu’il achetait lui appartenait. Je comprenais très bien cela, en ce sens que, moi même, grand lecteur, je ne supporte pas l’idée d’avoir à mettre toutes mes lectures dans un lecteur électronique. Il me faut aussi mon support de papier, aussi archaïque soit-il, pour avoir la sensation qu’un livre m’appartienne et fasse partie de mon univers.

Mais nous sommes tous les trois de la génération « d’avant ». De celle qui n’est pas née dans le numérique. Nos enfants réagiront-ils de même dans quelques années ? Essaieront-ils, comme nous, de palper à nouveau la musique ? Des films ? Des livres ? Où tout cela sera-t-il parti en l’air, dans le cloud ? Et la relation aux oeuvres une abstraction ? Y aura-t-il encore, dans quelques années, des gens chez qui seront fièrement exhibées des rangées de livres, de disques, de films, de photos ? Une partie d’eux mêmes en quelque sorte. Ou tout cela sera-t-il conservé dans des disques durs, des cartes mémoires ? Inaccessibles sans le moindre appareil pour les lire ?

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