Trop de CDD ? Et alors, montrez-nous comment faire !

Non, ce n’est pas vrai. Je ne regardai pas l’autre jour, le journal de 20h sur France 2 ! Et je n’ai pas vu ce reportage alarmiste ou alarmant, c’est selon, sur l’explosion galopante du nombre de CDD en France ! 🙂

Les patrons créent-ils trop de CDD ?

Phénomène de la crise, chez nous, eh oui, les patrons recourraient de plus en plus à ce type de contrats, appelés aussi contrats précaires, par opposition au CDI, qui serait lui le Graal du salarié, protégé qu’il serait par ce sacro-saint statut.

En somme, et d’après ce que j’ai pu en retenir, mais je pourrais très bien avoir mal compris, les vilains patrons, plutôt que de créer des emplois en CDI, préféreraient se décharger de leur responsabilité sociale en multipliant les CDD, toujours de plus en plus courts, disait le reportage. Parfois 10 jours, parfois moins !

On pourrait en conclure, si l’on suivait le ton de ce reportage, qu’il existerait une classe de mauvaises personnes en France, les patrons, qui refuserait de partager tout le bon travail qui serait caché quelque part, et préféreraient le distribuer au compte-goutte, rien que pour tout faire eux mêmes ou bien se payer grassement à ne rien faire.

Ca tombe tellement sous le sens qu’on se demande pourquoi tous ces exploiteurs du peuple ne sont pas déjà en prison. Ca ferait de la place pour les vrais travailleur et de l’emploi pour les gardiens de prison (quoiqu’en France, on préfère la méthode de l’entassement de prisonniers, plutôt que l’élargissement des cellules. C’est une question de culture.)

Que je vous le dise tout net. Ce reportage m’a choqué.

Je suis moi même un patron. Un petit patron. Puisque j’ai moins de 3 salariés. Et que comme un million de mes comparses (c’est peu ou prou le nombre de TPE en France), je me suis senti bien démuni face à ce reportage.

Moi même, j’ai recouru récemment au CDD, alors que j’aurais du, appris-je, créer un vrai emploi, un CDI, un truc gravé dans le marbre, afin de participer à l’effort collectif national de lutte contre le chômage.

Qu’on me comprenne bien.

En tant que patron, je n’ai rien contre créer de l’emploi, mais ce n’est simplement pas mon rôle

  1. Mon but en tant qu’entrepreneur n’est pas de créer des emplois (oh, quel surprise !), mais de gagner honnêtement ma vie, tout en n’ayant pas un patron au dessus de moi. Désolé, mais c’est comme ça. Je n’ai pas vocation à créer de l’emploi. J’ai d’abord vocation à travailler à mon rythme, avec plaisir, en gagnant suffisamment bien ma vie pour le faire longtemps. Car, croyez-le ou non, diriger une TPE, même de 2 salariés seulement, ce n’est pas une sinécure (pour la définition de ce mot, voyez Wikipedia). Je dirais même que c’est une lutte de tout les jours, surtout quand, comme moi, on n’a pas la fibre commerciale. Et, je vous l’affirme, je suis loin d’être le seul dans ce cas.
  2. On ne crée pas des emplois comme on va chier un bock le matin en se levant après avoir bu son café. Il y a une raison simple : l’incertitude est telle dans la conjoncture actuelle qu’il n’est pas question d’embaucher, sans être certain d’avoir plusieurs mois de visibilité sur son chiffre d’affaires. Et je pense que je ne suis pas le plus mal loti dans ce domaine. Et encore, quand je prends le risque de le faire (ça m’est déjà arrivé), c’est un pari. Car à courte échéance, je ne sais pas toujours si je pourrais payer la personne embauchée. Je n’écris pas ça pour me plaindre ou me trouver une excuse. Si je dois embaucher, c’est vraiment en toute dernière extrémité, quand réellement le boulot est là, pour longtemps, et que je baigne dans l’optimisme (ce qui m’arrive rarement)
  3. Si je généralise, c’est à dire si je ne prends pas que mon cas à moi, je trouve ça inique de demander aux chefs d’entreprises de créer des emplois. Ce n’est pas leur rôle. Leur rôle est de prendre des risques financièrement (je parle au moins des patrons de TPE, qui, comme moi, n’ont pas un capital de plusieurs centaines de milliers d’euros qui les protège, mais juste leur maison, leur voiture, et un peu d’épargne) pour tenter de se créer la vie dont ils rêvent. Créer des emplois n’est que la conséquence de leur valeur au travail, de leur engagement, de leur courage et aussi, il faut le dire, de la conjoncture. Or aujourd’hui, la conjoncture est mauvaise. Elle l’est depuis des années. Et ce n’est pas dans un contexte pareil, que les entrepreneurs auront envie de prendre plus de risques.
  4. Je ne me plains pas sur mon sort. Je suis heureux. Je m’en sors bien. Plutôt mieux que la moyenne des gens. Mais cela, je l’ai fait à la force de mon petit cerveau et de mes petits bras. Peu de gens m’ont aidé dans mon aventure d’entrepreneur. On m’a souvent regardé d’un sourire béat en me disant que j’étais courageux, mais personne ne m’a jamais dit « quelle bonne idée, bravo, tu vas tous nous épater ! ». Je ne recherche pas la gloire. Je n’imagine pas « réussir » et gagner des millions. Je connais des gens à qui c’est arrivé. Je peux vous dire que ce n’était pas particulièrement l’appât du gain qui les motivait. Ces gens sont des gens audacieux, partis de rien, souvent, et qui, c’est vrai, ont lancé leur entreprise au bon moment, dans la bonne conjoncture, et avec le talent nécessaire à la réussite. Ils ont créé des emplois, mais uniquement parce que leur business le permettait. Certainement pas par rôle social. Celui qui le ferait serait un fou (en fait, j’ai essayé parfois d’embaucher des gens pour les aider. Ca, à chaque fois, été une erreur). Personne ne demande de médaille dans ce milieu. Les gens, les petits patrons, en général, aiment le travail bien fait, ils aiment motiver leurs salariés quand ils en ont, et ils font tout, quand ça va mal, pour les garder (sauf certains, mais il y a des brebis galeuses comme dans tous les domaines).

Messieurs les journalistes, ne simplifiez pas tout

Alors quand je vois un reportage sur France 2, qui s’adresse à la France entière, et qui semble nous désigner nous, les petits patrons, comme les responsables du manque d’embauche, j’ai envie de dire : « Messieurs les journalistes de la télévision, vous qui gagnez par mois, pour certains d’entre vous, beaucoup plus que moi je ne peux en gagner en quelques mois. Réfléchissez à qui vous êtes. A ce que vous dites. A ce que vous faites passer comme message sous prétexte d’informer les français, mais surtout pour faire de l’audience. Demandez-vous aussi combien vous créez d’emploi à faire la pluie et le beau temps dans l’opinion. Et, un jour, quand ça vous chantera, venez faire un tour dans l’arène, la vraie, celle des régions, de la banlieue, des petites et moyennes villes, celle des petits patrons, là où il n’y a rien de spectaculaire à montrer d’autres que des gens qui font des efforts, qui se battent tous les jours et qui aimeraient bien qu’on ne les confondent avec les patrons des boîtes du CAC 40 avec qui ils n’ont rien à voir. Et vous verrez s’il est facile de créer de l’emploi, comme vous dite si bien.»

Merci.

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A propos Olivier Sauvage

Entrepreneur, blogueur, mes pensées n'engagent que moi
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