L’homme de la colline

 

villagedeN

Cet article date de 1973. Epoque où le web n’existait pas encore et où l’information n’allait pas aussi vite qu’aujourd’hui. Nous l’avons ressorti pour vous tant il avait fait sensation à l’époque.

Tout démarre par une nuit calme dans le petit village de N, en Corrèze

C’est un bien étrange récit que nous ont livré les habitants du petit village de N. en Corrèze. Une histoire à peine croyable si un homme n’avait pas payé de sa vie pour témoigner de sa véracité.

Les faits se sont déroulés au plus profond de la nuit de samedi à dimanche, dans un silence des plus étranges.

Tous les témoignages concordent. Vers 3 heures du matin environ, des cliquetis et des bruits de bottes se sont fait entendre depuis la rue centrale.

« Malgré le beau temps de la veille, il y avait beaucoup de brume, cette nuit là », nous dirons les habitants. « Presque du brouillard. On n’y voyait pas à 10 m. » Une ambiance propice à toutes les apparitions.

vieilleduvillagedeN«Je dormais mal, nous racontera plus tard cette vieille dame. Quand j’ai entendu les bruits. Ils avaient une résonance sinistre dans ma mémoire, mais je ne pouvais pas croire que les faits étaient en train de se reproduire. Je mettais cela sur l’état de ma conscience à cette heure de la nuit. »

Un autre homme : « Au début, je pensais qu’il s’agissait du bruit d’un troupeau. Mais qui aurait fait traverser la ville à un troupeau à cette heure là ? Ensuite, j’ai trouvé plutôt que ça ressemblait aux bruits d’une troupe en armes… Vous comprenez… j’ai fait l’armée… je reconnais ce genre de bruit. »

« Le bruit était plutôt clair et fort. Disons qu’au milieu de la campagne, il résonnait fort. Pour ceux qui ont le sommeil léger, comme moi, ça suffit à les réveiller, ajoute encore ce même homme. »

« Du coup, je suis allé voir. »

Tout comme les autres témoins qui nous ont parlé, la surprise de cet homme n’égala que sa frayeur de voir ce qu’il vit.

« J’ai cru que je faisais un cauchemar. Je n’arrivai pas à le croire. Comment était-ce possible ? Je m’en souviendrais toute ma vie. Les images que j’ai vu sont gravées là, rajoute-t-il en frappant son front de son doigt. »

Une apparition que les habitants ne sont pas près d’oublier

Il ne sera pas le seul. Tous les témoignages concorderont.

« Ils étaient là, avec leurs uniformes vert de gris, comme pendant la guerre. Des allemands ! Des nazis ! Pire encore, nous affirme une jeune fille réveillée par le bruit, c’était des SS. Bien que je sois née bien longtemps après la guerre, j’ai tout de suite reconnu leur sigle sur le col. Il n’y avait pas de doute. »

Plusieurs reconnaitront même un officier à tête de mort.

«Je sentais la peur m’envahir et la transpiration m’inonder. J’osais à peine regarder tant l’image que je voyais était effrayante. Non seulement, c’était des allemands, comme dans les films, mais il y avait en plus quelque chose de pas normal dans leurs visages, sur leurs uniformes. Je ne compris pas tout de suite ce que c’était, puis quand je compris, ma peur redoubla. Je n’ai pas honte de vous le dire : j’en ai mouillé mon pantalon ».

lieutnantkatz« Oui, ils étaient une bonne trentaine. Ils marchaient au pas, tranquillement, comme s’ils étaient en promenade. Ils passaient lentement dans le village en regardant droit devant eux… pour ce que j’ai pu en déduire, car quelque chose d’horrible, de plus horrible que tout ce que j’ai jamais vu de ma vie, nous dit cette infirmière, ancienne urgentiste. Ils n’avaient pas d’yeux !!! A la place, de simples trous noirs, des cavités sans fond. Ils manquaient simplement à leurs orbites. J’ai failli en défaillir… »

« Oui, ils étaient morts, et pourtant… ils étaient vivants, reprend notre premier témoin, aussi terrifié de nous raconter les faits que de les avoir vécus. C’est ce que je n’avais pas perçu au départ. Leurs uniformes étaient complètement déchirés, transpercés pas des balles, apparemment. Certains avaient des plaies énormes qui suintaient, non pas de sang, mais d’un fluide visqueux verdâtre qui purulait comme l’intérieur de leur chair en putréfaction. J’ai dit à mes petits enfants qui étaient réveillés de ne pas approcher de la fenêtre. Je ne voulais pas qu’ils voient ça. Ils en auraient fait des cauchemars toute leur vie.

J’ai eu le réflexe d’appeler ma fille qui habite juste en face de chez moi dans la rue principale. Je n’avais pas conscience que le bruit de la sonnerie attirerait peut être les morts vivants, mais il fallait que je parle à quelqu’un. Je voulais être sûr que je ne rêvais pas. »

Une puanteur atroce

« Une puanteur atroce régnait dans toute la ville. Aucun doute là dessus, c’était l’odeur de la mort, de la chair en putréfaction. Elle était si forte que je faillis vomir »

« Nous essayions de ne pas nous montrer. Nous avions tellement peur qu’ils s’aperçoivent de nous et viennent pour nous tuer. Mais à dire vrai, ils ne semblaient pas prêter attention à quoique ce soit autour d’eux. Ils avançaient, ils avançaient seulement… lentement vers un but déterminé… quel but ? Je ne savais pas… »

« Ils avaient l’air épuisé. On aurait dit qu’ils revenaient d’un combat gigantesque ou qu’ils croulaient sous une fatigue inimaginable. Je ne sais pas… C’était comme si ils devaient porter toute la souffrance du monde. »

A 3h 30, la troupe fantôme avait disparu du village. Les premiers témoins n’osèrent pas sortir de leurs maisons, puis, peu à peu, certains, les plus téméraires poussèrent leur porte d’entrée et se rassemblèrent au milieu de la rue, se demandant mutuellement s’ils n’avaient pas rêvé.

Mais ça n’était pas le cas.

Au sol, les traces du passage des nazis étaient bel et bien là. Un fluide nauséabond dont nous avons réussi à nous procurer un échantillon pour l’envoyer à un laboratoire.

Une bouteille d’eau de vie circula pour réconforter chacun, puis on se congratula que l’affaire en soit resté là.

Mais l’histoire n’était pas finie !

Un cri retentit

Dans la nuit encore noire, un cri retentit. Un horrible déchirement humain ! Comme un porc qu’on égorge. Ce cri, ils savaient tous d’où il venait. Il n’avait aucun doute là dessus. Et ils comprirent soudain ce qu’était venu faire la troupe et pour quoi elle était venue.

Les croyants se signèrent. Les non croyants vidèrent l’eau de vie. Ils écoutaient tous dans la même direction d’où le cri était venu.

lesrevenants3

L’horreur monta dans leurs esprits. L’horreur la plus terrifiante.

Ils étaient venus le chercher. Lui. Celui qui vivait dans la colline. Seul depuis des années. Le vieillard de la maison dans la colline comme il l’appelait tous, car ils ne voulaient pas se rappeler son nom. Ils l’avaient effacé de leur mémoire. Celui de l’homme qui avait dénoncé les juifs. Une famille entière qui avait trouvé refuge chez lui. Qu’il avait nourrie, qu’il avait entretenue, jusqu’à ce qu’ils viennent. Le soleil était éclatant et la chaleur écrasante. Le village se reposait paisiblement attendant la fraîcheur du soir. Soudain, ils arrivèrent ! Les allemands ! Les nazis !

Le pire des fanatiques

Ils étaient une trentaine environ comme durant cette nuit où ils avaient ressurgi des ténèbres. A leur tête, le fier Lieutnant Katz. Un véritable fanatique ! Un monstre ! Qui avait brûlé plus de villages en Russie qu’on en comptait autour de la région de Brive. Un bourreau ! Qui avait torturé, violé, pillé, exécuté, sans pitié aucune. Ses hommes l’appelait « le chat » pour sa capacité à jouer pendant des heures avec ses proies. Rien ne l’intéressait plus que de faire souffrir, d’effrayer. La mort n’était que le point final à ses phrases.

hommedelacollineC’était à lui que l’homme de la colline avait dénoncé la famille. Cette famille qu’il avait protégé jusqu’alors. C’était au Chat ! Le chat noir de la SS Panzer Division Das Reich, dont les éléments égarés remontaient en direction du front.

Le lieutnant remercia l’homme de la colline. Il lui donna quelques cigarettes et un billet puis il ordonna à ses hommes d’aller chercher la famille.

Les hommes revinrent rapidement en poussant devant eux l’homme, la femme et leurs deux enfants. Chacun riait de la bonne blague que l’homme de la colline leur avait faite. Le Chat posa quelques questions en français aux juifs. Il leur demanda s’ils préféraient vivre encore avec l’homme de la colline ou retourner chez eux à Paris.

Les juifs les regardaient dignement tout en sachant qu’il ne leur restait pas beaucoup de temps à vivre. Ils ne répondirent pas au nazi qui riait de plus belle.

Voyant qu’il n’en tirerait pas beaucoup d’amusement, le Chat fit un signe à ses hommes et deux d’entre eux attrapèrent la petite fille. Ils la placèrent contre un mur et le Chat s’approcha d’elle, puis il dégaina son pistolet et l’appuya contre la tempe de la petite.

Devant ce spectacle atroce, le père et la mère se mirent à rouler des larmes de compassion. Ils savaient qu’ils ne pouvaient rien faire et pourtant ils en mourraient d’envie.

Chronique d’un massacre

Le Chat leur demanda s’ils préféraient que leur fille vive ou que l’un des deux se sacrifie pour elle.

A nouveau, aucun des deux ne répondit, ce qui plongea le nazi dans une certaine perplexité. Il ne savait pas quoi faire avec ces juifs. Ils ne l’amusaient pas. Sans doute étaient-ils trop habitués au malheur, pensa-t-il. Pas comme ces juifs de l’est qui croyaient naïvement parfois que les allemands venaient les libérer du communisme et qui ne savaient pas du tout quel sort leur était réservé. Ça, c’était au début, pensa le Chat. Après, c’est vrai que tout le monde était prévenu et que les allemands étaient craints. Plus personne ne leur faisait confiance et tout le monde les fuyait.Donner la mort était beaucoup moins amusant dans ces conditions là.

Il regarda le père dans les yeux et lui dit : « Regarde ce que je peux faire. »

Il tira dans la tête de la petite fille.

« Tu vois ! Je peux faire ça ! C’est facile. Je n’ai pas peur de donner la mort. Ça ne me fait plus rien. C’est comme si j’écrasais une fourmi. Il n’y a pas de différence. On nous a appris que vous les juifs n’étiez pas des êtres humains. Et c’est vrai. Vous n’êtes pas des êtres humains. Alors, c’est plus facile de vous exterminer. On ne ressent pas de honte à le faire. Vous nous rendez un fier service en étant pire que des animaux. Nous ne ressentons rien à vous mettre une balle dans la tête. Tu vois, le juif, comme c’est facile ? Je viens de tuer ta fille comme si j’avais … »

A ce moment, le père perdit la raison et se jeta sur l’officier.

Mais il n’en eut pas le temps. Une rafale de mitraillette l’abattit avant qu’il ne put atteindre son but.

Le Chat fit une moue dédaigneuse, puis il s’éloigna, laissant à ses hommes le soin de s’occuper de la femme et du fils.

Le Chat avait soif. Il s‘assit à la terrasse du café et commanda une limonade que lui servit en tremblant le propriétaire de l’établissement.

Un silence de mort régnait sur la place. Les habitants s’étaient tous cachés dans les maisons. Seuls étaient là, les SS, le patron du café, les 4 juifs morts et l’homme de la colline.

Tu fais partie des notre maintenant, nous reviendrons te chercher

Le Chat lui fit signe de s’approcher et de s’assoir. Il commanda une autre limonade et l’offrit à l’homme de la colline.

« Tu fais partie des notres maintenant. Si nous perdons la guerre, nous reviendrons te chercher et tu pourras vivre parmi nous. »

Sur le moment, l’homme de la colline ne fit pas attention à cette phrase. Il la mit seulement sur le compte de l’esprit dérangé de ce nazi. Il but sa limonade, se leva et repartit tranquillement chez lui sous les yeux des soldats qui le saluaient en riant.

Les villageois enterrèrent la famille juive comme ils purent. Ils ne savaient pas s’y prendre avec cette religion et ses rites. Le lendemain, ils apprirent que toute la brigade du Chat avait été abattu en tombant dans un piège des maquisard.

Plus personne ne revit jamais l’homme de la colline. Il vécut en paix jusqu’à cette nuit.

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A propos Olivier Sauvage

Entrepreneur, blogueur, mes pensées n'engagent que moi
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Un commentaire pour L’homme de la colline

  1. Alex aka Entonnoir dit :

    +++

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