Uber et la révolution pas en douceur

Steve Jobs aimait à mettre le mot révolution à toutes les sauces, mais dans sa bouche, le terme était tant galvaudé qu’il en devenait risible.

Mais si l’on parle de Uber, le mot « révolution » n’est certainement pas trop fort étant donné le choc phénoménal dont les manifestations de taxi ne sont que les prémices et les signes annonciateurs.

Il y aura bientôt d’autres Uber

Car si Uber soulève autant le tollé chez les taxis (dont la violence de certains n’honorent pas une profession souvent détestée), il faut bien garder en tête qu’il y aura bientôt (et il y a déjà) d’autres Ubers en gestation (et qu’on se le rappelle, Amazon a été en son temps un Uber dans sa guerre déjà gagnée contre les libraires).

Ce qu’Uber dessine à un horizon proche, c’est bien le choc dans l’organisation de l’économie que sont en train d’apporter les nouvelles technologies avec une violence, mixée à un ultracapitalisme sauvage, inédite. On n’est pas loin des pires heures de la révolution industrielle, bien que les conditions des bélligérants ne soient pas du tout les mêmes. Un taxi, en effet, n’est pas un mineur de fond, ni un paysan de la fin du XIXème siècle, il vit dans des conditions d’hygiène et de revenus largement supérieures, mais la violence qu’Uber inflige à sa profession, en revanche, n’est pas loin de celle que l’industrialisation a exercé sur de nombreuses classes de travailleurs.

Et ce n’est pas fini !

On peut multiplier les Uber à l’infini

Je rigolais cette semaine en imaginant un UberCoiff’, mais en réalité, cela n’a rien de drôle. Rien n’empêcherait Uber de mettre en place un service de coupe de cheveux à domicile entre particuliers. Et ça sera « Pan ! » sur les coiffeurs. Coiffeurs qui auront payé une formation et un fond de commerce pour pouvoir exercer. Uber balayerait tout cela d’un coup d’application mobile !

Que lit-on en filigrane dans les manifestations répréhensibles des taxis ? On y lit la violence d’évolutions technologiques, accaparées par de puissants fonds d’investissements anglo-saxons (mais peut-être aussi européen, peu importe) qui, bien décidé, à faire de l’argent proposent une magnifique innovation de service tout en massacrant allègrement un marché, certes un peu trop cloisonné, au mépris des lois en profitant en toute impunité de la lenteur et de la nullité des législateurs.

Aujourd’hui les taxis, demain les pharmaciens ?

Aujourd’hui, ce sont les taxis qui renversent des voitures et tabassent des innocents. Mais demain, d’autres ne le feront-ils pas ? Les pharmaciens qui voient leur monopole de distribution de médicaments remis en cause par de nouveaux acteurs de la distribution online ? Les transporteurs de marchandises qui pourraient voir débarquer des hordes de camions venus de pays aux charges sociales allégées et aux travailleurs mal payés ? Et si on veut aller plus loin (et on le peut à lire l’enthousiasme de certains pour les nouvelles technos), demain, ne pourra-t-on pas remplacer des millions de chauffeurs par des voitures et des camions sans conducteurs ?

Oui au progrès, non à l’ultra-capitalisme sauvage

Si la technologie peut apporter des progrès immenses (et je suis de ceux qui la louent pour ceux-là), cela ne doit pas empêcher de voir qu’entre certaines mains, elle peut devenir plus destructrice que constructrice (c’est la dualité de l’énergie nucléaire : le bien = les centrales / le mal = la bombe atomique).

Si vous êtes pour une libéralisation totale des marchés, cela ne vous dérangera sûrement pas que des millions de personnes perdent leur emploi, leur possessions, leur métier et leur dignité. Si vous avez une âme et que le sort de vos prochains vous intéresse, peut-être réfléchirez-vous à deux fois avant de huer les taxis en oubliant que ce sont aussi des gens avec des familles qui travaillent parfois dur et payent cher le droit d’exercer leur profession. Mais, vous l’avez compris, le problème, ce n’est pas le taxi, ce sont les changements trop rapides et non maîtrisés qu’induisent les nouvelles technos sur le monde du travail.

Encore une fois, n’oubliez pas. Si personne ne fait rien contre Uber aujourd’hui et ne régule pas avec forces les évolutions que cette société entraîne sur le monde économique, ça sera le déchaînement demain dans d’autres domaines. Et peut-être même le votre, même si vous travaillez dans le monde privilégié des NTIC.

Publicités

A propos Abstract Specis

Sketches, drawings, etc.
Cet article, publié dans Réflexions, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s