Etre entrepreneur, c’est quoi ? Echanges à Blanchemaille

Cette semaine, j’avais été appelé à témoigner devant d’autres entrepreneurs de ma vie d’entrepreneur par Blanchemaille, l’incubateur/accélérateur d’entreprises ecommerce à Roubaix.

J’ai toujours aimé partagé mon expérience, bien que je ne me considère pas comme un entrepreneur modèle. Mais, créateur de deux entreprises, entrepreneur quasi sans interruption depuis plus de 15 ans, je pense me donne le droit de faire parfois des petits retours d’expérience qui, je l’espère, pourront donner des idées ou de l’inspiration à ceux qui souhaitent aussi l’être.

Car entrepreneur, ce n’est pas un métier, c’est plutôt un choix de vie. A partir du moment où vous quittez la sphère salariée, cela veut dire que vous acceptez de vivre sous un certain de seuil de risque qu’une majorité de gens ne prennent pas. Cela veut dire que tout vos réflexes sociétaux, que votre manière de vivre vont être impactés par votre choix professionnel. Entrepreneur, c’est accepter de ne plus avoir d’horaires fixes, c’est refuser (en France) le droit au chômage, c’est parfois engager une bonne partie de ses biens sur son activité, c’est aussi ne jamais vraiment quitter son boulot en pensée que ce soit la nuit, le weekend ou pendant les vacances.

La question de la motivation

La question qui m’a le plus touché lors de cette petite réunion informelle avec des nouveaux entrepreneurs était de savoir ce qui m’avait motivé à devenir entrepreneur. Et je crois savoir que l’argument principal pour moi était la liberté. Pour moi, entrepreneur, c’est être libre, c’est obtenir le droit de gérer plus facilement sa vie professionnelle, comme sa vie privé. De mieux la diriger. De pouvoir donner un coup d’accélérateur à ses revenus quand c’est nécessaire. De pouvoir arriver à midi au boulot, car on s’est levé du mauvais pied. De pouvoir prendre plus ou moins de vacances, et quand on veut. De décider soi même des projets qu’on va mettre en oeuvre, mais aussi, et c’est ironique, des erreurs qu’on va faire. Et surtout, et je trouve cela sans doute le plus important, de pouvoir connaître la réussite grâce à ses mérites personnels que sont la capacité de travail, la créativité, l’intelligence. Qualités qui ne sont pas forcément nécessaires quand on veut réussir en entreprise (oh, il y en a qui vont se fâcher). Etre entrepreneur serait aussi pour moi adhérer à un certain code d’honneur, à participer à une certaine chevalerie ou les entrepreneurs seraient des chevaliers qui se reconnaîtraient entre eux par la vénération et l’adoration d’une certaine culture du travail (ce qui, croyez-moi bien, n’est pas vrai à 100%, car j’ai trouvé chez les entrepreneurs, aussi, les pires escrocs qui soient).

La liberté donc était le critère fondamental.

Le marché comme seul juge de mes compétences

Un dernier point à ce sujet, une dernière raison était aussi le droit de ne pas avoir à obéir à un supérieur hiérarchique et à prendre le marché comme seul juge de sa capacité à faire quelque chose. En ce sens, en tout cas, j’aurais abouti. Car je peux me targuer aujourd’hui d’avoir une entreprise de plusieurs salariés, réalisant plusieurs centaines de milliers d’euros de CA. C’est donc une gratification importante.

Mais il ne serait juste de ne parler de la liberté sans parler des contraintes qu’elle crée à nouveau, car être entrepreneur, c’est aussi être enchaîné à son entreprise, presque corps et âme.

Les contraintes

Pour ce qui est du corps, j’ai de la chance, je travaille dans le web, et cela me permet assez facilement de m’affranchir des contraintes géographiques ou temporelles. Je travaille une bonne partie du temps chez moi, parfois dehors dans des cafés, souvent dans le train, en déplacement, et le reste au bureau, que je fréquente assez peu, somme toute, car cela me rappelle des mauvais souvenirs de salariés.

Pour le temps, là aussi, je m’en sors plutôt bien, car je peux réguler mes heures comme il me convient. L’intérêt de cela est de pouvoir aussi prendre du temps plus facilement pour mes enfants, quand la nécessité s’impose. J’ai aussi réussi, et c’est important, à bannir tout travail le weekend. Pendant longtemps, je ne l’ai pas fait et ça avait été une erreur. Même si l’on est tenté très souvent de répondre à ses mails, de faire un petit truc ou deux pour passer le temps, travailler le weekend revient en fait à sacrifier son temps de repos et à s’épuiser plus rapidement.

Pour l’âme, c’est plus compliqué.

Etant angoissé par nature, l’entreprise représente pour moi un fardeau mental permanent. Le pire étant celui de la trésorerie.

Il faut dire que je travaille dans une activité de conseil qui ne me permet pas de me reposer commercialement.

Tous les mois, je dois signer des contrats, trouver des missions. Et même si je ne m’en suis pas trop mal sorti jusqu’à maintenant, je dois avouer que ce besoin m’épuise. J’y pense tout le temps et je regarde mon compte en banque quasiment quotidiennement. J’essaie de tenir un plan de trésorerie de manière régulière pour pouvoir anticiper les grosses échéances que sont le paiement des charges sociales et chaque trimestre me voit presque paniquer devant les montants à débourser. Heureusement, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais eu à devoir faire appel à mon banquier ou à un autre créancier pour me tirer d’affaire. Je m’en suis toujours sorti tout seul.

Très indépendant d’esprit, j’ai aussi toujours considéré que travailler seul était difficile pour moi. J’ai besoin de la présence d’autrui, non pas seulement pour déléguer, mais aussi pour « partager » et sentir une présence. Je redoute la solitude plus que tout et je sais à quel point elle peut me conduire à des états anormaux. J’ai donc très rapidement salarié une personne, puis deux, puis trois, etc… Cela fait ma fierté de pouvoir faire travailler des gens autour de moi, mais, je l’avoue, cela fait aussi mon calvaire, puisqu’il faut tous les mois sortir des salaires, et là, pas question de mégoter. Vous ne pouvez que payer. Et il est impossible de négocier, même en cas de situation difficile !

Petite conclusion : apologie du réalisme

Chaque entrepreneur, je pense, a son approche de l’entrepreneuriat. Il n’y a pas une sorte d’entrepreneurs. Et chacun doit trouver ses propres motivations. Mais il y a une chose, je pense qui les qualifie tous de la même façon : c’est le réalisme. Vous ne pouvez pas entreprendre si vous n’êtes pas un minimum réaliste. Vivre sans filet de sécurité l’impose. Et être réaliste suppose simplement de savoir quand se jeter dans le bain, quand mettre un coup d’accélérateur, quand devoir se dépasser pour faire quelque chose qu’on n’aime pas. Et je crois, qu’à ce sujet, peu de candidats sont, en réalité, aptes. Même si ne ce sont pas ces qualités qui font un entrepreneur, ce sont elles, en tout cas, qui lui sont indispensables si il veut durer.

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A propos Olivier Sauvage

Entrepreneur, blogueur, mes pensées n'engagent que moi
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