Dans les transports en commun #13 : l’homme à la chemise à carreaux

Croquis réalisé debout dans le métro qui m’a inspiré une petite histoire à lire sous le croquis.

Homme dans le métro - Métro de Lille - Ligne 1 -Jeudi 15 septembre 2016 - 7h35 - crayon et feutre

Homme dans le métro – Métro de Lille – Ligne 1 -Jeudi 15 septembre 2016 – 7h35 – crayon et feutre

« J’ai failli me déverser entièrement aujourd’hui chez ma psy, me liquéfier totalement. Libérer tout ce que je retenais depuis des années. Des monceaux de blocages, de peurs, d’incertitudes, de craintes, d’inquiétudes, d’angoisses… J’ai failli tout lâcher. Ça aurait fait un beau bazar par terre. »

L’homme à la chemise rouge à carreaux blancs pensait. Pensait à la journée à venir.

Encore une journée. Encore une autre. Encore les mêmes têtes à revoir. Encore les mêmes gens. Qu’il méprisait et qu’il ne pouvait plus voir en peinture. Tout ses collègues avec leurs gueules de béni-ouioui. Ces innocents aux mains pleines. Toujours à se plaindre et à discuter de problèmes insignifiants : de la cuisson des pâtes à la cantine. Trop cuites. Pas assez cuites. De la propreté des toilettes. De la prime minable qu’ils allaient toucher à la fin de l’année et de l’euro en plus ou en moins qu’ils auraient dessus. De leur bagnole et de ses pannes à répétition. De leur maison en brique et des travaux qu’ils faisaient dans la cuisine. De leurs enfants pouilleux et de leurs pseudo-problèmes à l’école. De leurs chefs qui n’y connaissaient rien. Des patrons qu’ils ne voyaient jamais et qui n’y connaissaient rien non plus. Ça c’est sûr, on leur aurait filé les clés de la boite que ça aurait tourné autrement.

Toute cette petite bassesse ! Toute cette médiocrité. Il n’en pouvait plus. Lui, le comptable adjoint, celui qui faisait les fiches de paie. Il en avait assez. Il n’avait pas fait, se disait-il en son for, toutes ces études pour en arriver là, à imprimer des pages depuis son ordinateur pour que tout ces médiocres, ce bas fond de l’humanité, soit payé, nourri, en échange de ses maigres talents.

S’il avait au pouvoir, il les auraient tous mis dans un camp et il les aurait fait travailler jusqu’à ce qu’ils crèvent. Pour ce qu’ils sachent ce que c’est vraiment que transpirer. Et pas simplement à cause de leur crasse bêtise. Il les aurait vu ramper avec plaisir tous ces cafards improductifs dont l’occupation essentielle était de ne jamais être satisfait.

La sirène vociférante de l’arrêt sonna. Il ouvrit les yeux. C’était sa station. Il sortit.

Ce texte est une fiction, rien que pour vos yeux, chers lecteurs

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3 commentaires pour Dans les transports en commun #13 : l’homme à la chemise à carreaux

  1. Monsieur R. dit :

    Belle inspiration…

    J'aime

  2. Ping : Dans les transports en commun #14 : l’homme à la moustache et le jeune qui lisait – Le Petit Becquart Illustré

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