Nouvelle courte : Le garagiste et son apprenti

Je ne sais pas si je vous ai raconté cette histoire, du petit meurtrier en bleu de travail. Un apprenti mécano qui a tué son patron.

Le garagiste

Le garagiste. Illustration au crayon et à l’encre acrylique

Un meurtre assez horrible

C’était un meurtre assez horrible. Le type, une jeune donc, 16 ans, a dézingué son patron à coups de marteau dans la tête. Il lui a broyé le crâne jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une bouillie. Quand les gendarmes l’ont trouvé, ils ont cru d’abord que l’homme avait été décapité, alors qu’en fait, sa tête était bien restée attachée à son corps, mais qu’un fou en avait fait une crêpe. Il lui avait fallu de la patience au jeune gars pour en arriver à ce résultat. Des dizaines de coups de marteau consciencieusement donnés sur le sol du béton du garage pendant la nuit. On peut dire qu’il y avait mis de la passion.

Il ne s’était pas enfui. Il était resté là, près de sa victime, hagard, la bouche béante, regardant dans une direction lointaine, comme s’il y avait quelque chose à voir au bout d’un horizon imaginaire.

Il ne s’était même pas défendu quand les pandores lui avaient passé les menottes.

Son bleu était rouge sang, si bien qu’on aurait pas dit un bleu. Le sang qui l’accusait. Quand il l’interrogèrent, le gars ne dit pas un mot, mais il n’y avait pas besoin qu’il dise quelque chose. Sa culpabilité était si évidente.

Un homme sans histoire

L’homme assassiné, un gaillard solide de la région de Toulouse, n’avait pas d’enfants. Il vivait seul avec sa femme non loin du garage. Quand sa femme le sut, elle s’effondra sans rien dire, comme si une flèche invisible l’avait frappé en plein coeur et tué net. Ce n’était pas elle qui avait découvert le corps. Et à vrai dire, il avait fallu plusieurs heures avant que quelqu’un s’inquiète de la disparition du garagiste et de son apprenti. Elle avait l’habitude de ne pas le voir le matin, car il se levait toujours très tôt pour aller dans son atelier. Non, ce sont les clients qui les découvrirent, des voisins qui venaient habituellement porter leur voiture dans la matinée pour taper la discute avec le maître des lieux. Mais ce matin là, la porte du garage resta fermée jusqu’à 11h. Jusqu’à ce qu’un courageux se décide à aller voir à l’intérieur. D’ailleurs, la porte n’était pas fermé à clé. Non, elle était juste entrebâillée. Et de la lumière, la lumière du néon, sortait de l’interstice. C’est quand il vit le corps, allongé près d’une voiture, et l’apprenti hébété qu’il comprit et donna l’alerte en vomissant partout.

20 ans plus tard

Ce qui avait poussé le jeune André à commettre un tel acte, on ne le sut jamais.

Les gendarmes l’emmenèrent devant le juge, qui le jugea, puis en prison, où il resta 20 ans, au bout desquels il ressortit. Jamais il ne parla de son crime, jamais vraiment il ne l’avoua. Il le portait juste comme un secret, lourd, un poids. Mais il vécut toujours avec. Les gens du village le voyait parfois descendre la rue principale pour aller s’acheter des clopes et boire un verre. Personne ne lui posait de questions. On le regardait juste avec curiosité et on lui parlait comme si de rien n’était en évitant le sujet qui fâchait. André, qui avait 36 ans maintenant, avait repris le garage de son patron et les mêmes clients qui portaient leur voiture là bas, revenaient avec leur même voiture, ou une autre plus récente, sans mot dire, sans discuter, toujours sans poser de questions, car le garagiste, c’était lui, André, et ça le serait toujours désormais.

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A propos Olivier Sauvage

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