DLTEC #34 : Le mari trompé

*DLTEC : Dans les transports en commun

Homme de dos

Une bien mauvaise rencontre

Ça devait forcément m’arriver un jour. Les mauvaises habitudes finissent toujours par se payer. Et ma petite manie de céder un peu trop facilement aux « tentations » de mes amies devaient fatalement se retourner contre moi.

Heureusement, il ne m’avait pas vu. Du moins, pas encore.

Il était monté à 3 stations de la mienne, à Fort de Mons. Et s’était installé dans un siège, libre malgré la foule compacte de l’heure de pointe. Il me tournait le dos, car je suppose que s’il m’avait aperçu, il serait directement venu vers moi, chercher quelques explications.

André était du type jaloux. Et il avait ses raisons. J’étais ami de sa femme depuis longtemps et, il est vrai, je dois l’avouer, qu’au cours d’une petite soirée tranquille un tant soi peu arrosée, nous avions, avec elle, commis l’irréparable. La connerie d’un soir, quoi ! Quelque chose qui n’aurait jamais du se produire, mais… nous avons tous nos petites faiblesses, n’est-ce pas ?

Bref, André n’avait pas tardé à découvrir l’impair… Il en avait conçu pour moi, une colère… comment dire… inextinguible… Et il valait mieux désormais que je ne croise pas son chemin.

Or, cela venait de se produire…

Pour lui échapper, je me tassai au plus profond de la rame autant que je le pus. Je me tordis comme une vieille feuille morte sur mon iPhone, lui tournant le dos, et croisai les doigts tout en adressant de vaines prières au ciel (alors que je n’avais pas pratiqué depuis ma première communion).

Irions-nous au clash devant les autres passagers ?

Il suffisait qu’André tourne la tête et saisisse dans son regard un petit bout de moi. Je savais qu’il me reconnaîtrait immédiatement !

Le temps semblait ignoblement long ! Entre les stations, les secondes et les minutes se mettaient à traîner en longueur et, à chaque arrêt, ma respiration s’arrêtait, tandis que, d’un regard en coin, j’essayai de voir si le mari trompé descendait.

Mais le supplice durait et plus nous nous rapprochions de ma destination, plus je craignais le pire… qu’il sorte à la même station que moi ! J’aurais alors du mal à éviter la fatale rencontre.

Et soudain, je sentis un mouvement d’air, un déplacement, quelque chose qui s’approchait de moi ! Je me collai encore plus contre la paroi du wagon, tentant de me confondre, tel un caméléon, avec le gris beigeasse de la décoration d’intérieur. J’étais paralysé, attendant avec impuissance que la main d’André se pose sur mon épaule.

Mais…

Au bout de ce qui me sembla une éternité, rien ne se passa. Personne ne vint me taper dans le dos.

Je me retournai lentement et cherchai André… Quand parmi les passagers, je constatai sa disparition, tout en moi se détendit ! J’avalai tout l’air que je pus dans mes poumons, ma respiration reprit, les battements de mon coeur revinrent à leur rythme normal, mon corps, presque trempé de sueur, s’affala lourdement sur la banquette. Je ressuscitai ! Au même moment retentit enfin le sempiternel mais libérateur ton feutré du haut parleur : « Gare Jean-Basptiste Lebas ». Plus rapide que l’éclair, je sortis à l’air libre, vivant, libéré !

Homme de dos - croquis du 2 nov 2016 - ligne 2 du métro de Lille
Homme de dos – croquis du 2 nov 2016 – ligne 2 du métro de Lille
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DLTEC #33 : Mathieu et les mystères de l’amour

*DLTEC : Dans les transports en commun

Tête d'homme lisant dans le métro

Mathieu, mon vieil ami

Les gens qui lisent des livres , avec du vrai papier et des vrais pages, sont devenus rares dans le métro lillois.

La plupart sont, soit les yeux perdus dans le vague, attendant on ne sait quelle libération, soit penchés, recourbés, recroquevillés sur leur téléphone, lisant, jouant, chattant, tentant dans tous les cas de tuer le temps intermédiaire et long des transports en commun.

Mais quand je le vis, et grâce à son livre, je sus tout de suite que c’était lui ! Mathieu, le lecteur ! Un fou de livres comme on en trouve rarement. Un véritable dévoreur de lignes, capable d’ingurgiter en moins d’une semaine 3 romans de 500 pages, sans moufter ! Un véritable marathonien  que seule la faim ou une envie pressante étaient capables d’arrêter pour une pause de quelques secondes.

En dehors de cette passion, Mathieu suivait des études… des études de quoi, je n’ai jamais bien réussi à le savoir… toujours est-il que depuis que je le connaissais (et ça faisait plus de 10 ans), il faisait toujours des études… de littérature ou de sociologie… quelque chose comme ça.

Je le saluai discrètement et quand il leva la tête, un immense sourire illumina son visage. Il était bien content de me voir. Et je sus assez vite pourquoi. Il tint absolument à me raconter l’histoire de ce type qui s’était suicidé il y a quelques jours en se jetant du haut de la ligne du métro. La notre précisément, la ligne 2, entre les stations Les Prés et Jean-Jaurès.

L’histoire véritable du marin

Il l’avait connu ! L’homme, toujours accoutré en tenue de marin, était un fou de marine à voile, mais qui n’était pas né à la bonne époque. Il devait son désespoir, non pas à cause de ce problème spatio-temporel, mais à cause d’une déception amoureuse. Une de plus ! Depuis plusieurs mois, il fréquentait cette fille magnifiquement belle qu’il avait connue chez des amis, lors d’un apéro en ville. Il s’était mis en tête de l’avoir à tout prix ! Et, on ne sait comment, car honnêtement, il n’était pas du genre à faire rire les femmes et à les attirer, il l’avait eue. Et pendant des mois, donc, ils se fréquentèrent. Mais très vite, leur relation prit une tournure affreuse. Du moins pour lui. Car cette fille, à laquelle il s’accrochait avec une sorte de désespoir pathétique, n’avait d’autre préoccupation que de le mener en bateau (ce qui est le cas de le dire) en le trompant effrontément avec tout ce qui passait à sa portée.

Il lui fallut du temps avant de s’en apercevoir. Mais quand ce fut le cas, plutôt que de la quitter, il ne la lâcha pas et continua à la fréquenter malgré le fait évident qu’elle n’éprouvait pas le moindre sentiment à son égard.

Et puis, un jour, il découvrit son comportement ignoble. Et c’est alors qu’il fut pris par le ressentiment et la tristesse. Il lui annonça qu’il allait partir, ce qui, bien évidemment, ne provoqua en elle aucune réaction. Alors, comprenant qu’il n’avait été qu’un pantin malheureux, il décida de mettre fin à ses jours de cette façon peu ordinaire (et que j’ai racontée dans un DLTEC précédent).

Mathieu me sourit.

Il avait ce drôle d’air de satisfaction que je lui connaissais bien et qui annonçait un retour en immersion dans sa lecture.

Je le saluai poliment et le quittai en l’invitant à boire un verre un de ces jours, bien que je sus qu’il n’y avait aucune chance que nous nous revoyions de cette façon et continuai ainsi ma journée, marqué par cette histoire étrange,  me demandant comment un homme pouvait accepter aussi longtemps de se faire humilier par une femme. Et de l’autre côté, je me demandais aussi comment une femme pouvait-elle être aussi cruelle pour tromper aussi longtemps et aussi visiblement son amant officiel.

Mystères de l’amour.

Jeune homme lisant dans le métro (Mathieu) - Croquis au crayon puis encré - réalisé le 31 oct 2016
Jeune homme lisant dans le métro (Mathieu) – Croquis au crayon puis encré – réalisé le 31 oct 2016

DLTEC #32 : Soudain, elle apparut !

Jeune fille avec un foulard vert

(ce billet fait suite à Seul dans la rame. Lisez-le avant de le lire)

Soudain, je la vis, elle était là ! La fille du métro que j’avais trouvée si jolie, l’autre jour. Seule avec moi dans la rame !

Elle se posa contre les portes côté voie et sortit un livre, le même, peut-être, qu’elle avait la première fois que je la vis. Elle l’ouvrit à l’endroit d’un marque page aux bords rongés par l’usure, puis en commença immédiatement la lecture. Aussitôt, je la vis plongée dans un univers lointain, indifférente à tout ce qui pouvait se passer autour d’elle.

Et moi, je la regardais comme un imbécile d’adolescent. Subjugué par son visage si parfait ! On ne rencontrait pas tous les jours une émanation si réussie de la féminité. Elle n’avait rien d’un mannequin ou de cette plastique sans défaut des actrices américaines. Non, sa grâce émanait d’un assemblage équilibré des formes mais aussi d’une simplicité qui ne nécessitait aucun fard. Sa beauté me rappelait celle, humble, de ces statues de saintes en haut des murs des églises romanes.

Nous arrivâmes à une nouvelle station. Quelques personnes montèrent et le charme se rompit. Je me repliais dans un coin du wagon tout en continuant discrètement de l’observer.

Qui était-elle ? Que faisait-elle ? Où allait-elle ? Pourrais-je jamais lui adresser un mot ?

A la gare Lille Flandres, je descendis et elle descendit. Les passagers sortants s’agglutinèrent au bas de l’escalator qui menait au dehors. Je tentai vainement de me rapprocher d’elle, mais la foule se fit fort de nous séparer et lorsque j’arrivai dans le grand hall souterrain de la gare, elle s’était évanouie !

Jeune fille au foulard vert - croquis réalisé à Paris le 30 oct dans le métro de Paris ligne 5
Jeune fille au foulard vert – croquis réalisé à Paris le 30 oct dans le métro de Paris ligne 5

 

DLTEC #31 : Seul dans la rame

Croquis dans le métro

C’était le dernier jour de la semaine. Ouf, il était temps ! Nous étions seuls dans la rame avec ce gars totalement concentré sur son téléphone, sans doute en train de jouer à je ne sais quel jeu. Même au moment où je fis mon apparition brutale, il ne leva pas les yeux de son écran. Les ravages des téléphones intelligents, me dis-je. Plus personne ne fait attention à personne. Déjà que ça n’était pas brillant avant. L’invention de ces petits appareils nous isolait encore plus les uns des autres. Vous pouviez être « connecté » avec vos amis qui se trouvaient à 10,000 km de là, par contre, être totalement absent avec vos voisins à moins de 2m de vous.

Tout à fait paradoxal !

N’ayant rien d’autre à faire, je sortis également mon smartphone de ma poche et me lançai dans une partie effrénée de 2048, un jeu de patience qui avait le don de vous faire oublier le temps et tout ce qui vous entoure. Comme une drogue !

Nous jouâmes pendant quelques stations, puis le jeune homme descendit et je me retrouvai seul dans la rame. Il n’était pas si tard pourtant. A cet horaire, d’habitude, les rames n’étaient pas vides… (la suite bientôt)

*DLTEC : Dans les transports en commun

Croquis du 27 oct 2016 - métro de Lille - ligne 2
Croquis du 27 oct 2016 – métro de Lille – ligne 2

DLTEC #30 : un marin dans le métro

Croquis homme dans le métro

Pourquoi cet homme pleurait-il dans le métro ?

Ça n’était pas la première fois que nous restâmes coincés au dessus de l’autoroute, entre Les Prés et Jean-Jaurès . Le métro y avait pris sa petite habitude et nous offrait, presque chaque jour, un court instant inutile, une bulle spatio-temporelle, dans notre traintrain quotidien.

Parmi les passagers qui patientaient, il y avait ce type, que je remarquai alors, à chaque fois que cet arrêt impromptu se produisait. Un caban, un bonnet de marin sur la tête, un anneau dorée dans le lobe. Une ancre tatouée dans le cou. Comme un marin. Je le regardai laisser perdre son regard dans le lointain, par dessus les plages de bitume, les constructions anarchiques de cette zone de la métropole, dans la brume naissante de l’hiver. Et à chaque fois, après quelques secondes d’observation, je le voyais laisser naître de son oeil droit une larme qui descendait ensuite lentement de sa joue pour aller se briser dans les poils de sa barbe.

De son visage émanait une profonde tristesse, un drame terrible qu’il laissait deviner par cette insignifiante goutte d’eau salée émise de son oeil.

Un jour, n’y tenant plus, je m’approchais de lui. Et, comme lui, je jetais mon regard dans le vague. Comme d’habitude, la larme coula. Puis, une fois qu’elle eut atteint l’orée de sa barbe, il dit, sans détourner les yeux :

« C’est dans ces petits instants fugaces qu’on apprécie d’être en vie. » Suivi d’un long soupir bourré à craquer de significations profondes qui, je dois dire, m’échappaient un tantinet. Je ne lui répondis pas et la rame repartit.

Je ne l’ai plus jamais revu depuis. Mais ce matin, en épluchant mon gratuit, j’appris qu’un homme, en bonnet de marin, s’était jeté de la voie de métro sur l’autoroute entre Les Prés et Jean-Jaurès. Quel curieux hasard, n’est-ce pas ?

Homme habillé en marin - croquis dans le métro de Lille, ligne 2, le 25 oct 2016
Homme habillé en marin – croquis dans le métro de Lille, ligne 2, le 25 oct 2016

DLTEC #29 : mais cet homme était-il mort ?

Croquis de tête d'homme qui dort

Un étrange dormeur

L’homme dans le TGV dormait. Il dormait déjà quand je montai à bord et je me glissai à ma place à quelques encablures de là.

Il dormait sans mouvement, d’un beau sommeil bien lourd, tout rond, bien profond.

Quand le train s’ébranla, il ne bougea toujours pas. Les bras croisés, la tête couchée sur le côté, comme une barque échouée sur la plage. Même sa respiration semblait indistincte. Hormis ses vêtements, il était comme une statue de marbre. Son teint blanc, livide, imitait parfaitement la texture de la pierre, à tel point que je finis par me poser la question.

Etait-il un être vivant ou une reproduction, comme ces sculptures hyperréalistes, réalisées par des artistes maniaques ?

J’avais envie de le toucher pour me faire une opinion.

Oui, mais si je le réveillais ?

Oui, mais s’il était mort ?

Ça arrive, des fois, les gens qui meurent d’attaque cardiaque dans leur sommeil. Personne ne s’en  aperçoit et c’est à l’arrivée, à la descente, seulement, que le drame se révèle.

Valait-il mieux le savoir maintenant ? Ou valait-il mieux attendre ?

S’il était mort, ça n’aurait pas d’incidence. Un mort est un mort !

Oui, mais s’il avait fait simplement un malaise ? Peut-être qu’il était encore temps de le sauver ? Qui sait ?

Les champs doux de la plaine picarde défilaient à grande vitesse sous ma fenêtre.

Bon sang ! Mais qu’est-ce que c’était que ce type à l’air cadavérique ? Les autres le voyaient-ils aussi ou bien étais-je encore victime d’une hallucination ?

Quand la rame ralentit à l’orée des faubourgs de la capitale, n’y tenant plus, je me jetai sur lui et le secouai d’un grand « Monsieur, monsieur, on arrive ! » L’homme grogna, cligna des yeux, gromela. « Mais où suis-je dit-il ? » « A Paris, on est arrivé » « A Paris, me répondit l’homme ? Mais je devais aller à Bruxelles ! Pas à Paris ! »

Et il se leva d’un trait, prit ses affaires et fila ! Quand je longeai le quai à la Gare du Nord, pour prendre le métro, je le vis au loin, l’air égaré, s’adressant avec agitation à un contrôleur dont la seule réponse était un air blasé et impassible.

Homme qui dort dans le TGV - croquis au crayon réalisé dans le Lille-Paris de 6h41 lundi 24 oct 2016
Homme qui dort dans le TGV – croquis au crayon réalisé dans le Lille-Paris de 6h41 lundi 24 oct 2016

DLTEC #28 : coup de folie dans le métro

 

croquis-homme-jeune

Tout avait l’air normal, mais…

Tiens ! J’étais à Paris dimanche. Porte d’Orléans. Il fallait que je prenne le métro pour remonter Gare du Nord. Dans la station, dans la rame, tout était calme.

Il y avait cette vieille dame avec un béret. On aurait dit une résistante pas au courant de la fin de la guerre.

Un jeune homme qui jouait à la console.

Cette femme asiatique au beau visage doux et énigmatique. Ah l’orient !

Mais à travers les signes de cette parfaite quiétude, je sentis quelque chose qui me rendit nerveux. Un détail, je n’aurais su dire lequel, qui m’échappait et m’angoissait.

Soudain, un détail curieux…

Les stations s’enchaînèrent : Alésia, Mouton-Duvernet, Denfert-Rochereau, puis d’autres encore… Des passagers montaient et descendaient, tous dans un silence curieux que je finis par remarquer. Leurs pas ne faisaient pas de bruit. Les portes du wagon coulissaient, mais sans bruit non plus. Et quand au signal de fermeture, il ne retentissait pas !

Étais-je en train de rêver ? D’être victime d’une soudaine surdité ? Pour le vérifier, je mis mon casque sur les oreilles et déclenchai la musique à fond. Aussitôt un déferlement de guitares saturées me pénétra les tympans. J’arrêtai immédiatement ce tintamarre, rassuré, et repris mon observation, mais à nouveau, les sons avaient disparu !

J’adressai la parole au grand jeune homme en face de moi, mais de ma bouche ne sortit qu’un souffle muet. Je recommençai encore. Mais mon organe avait semblait-il perdu sa capacité à faire vibrer l’air.  Je me mis alors à crier, puis à hurler en agitant les bras ! Mais le jeune homme resta aussi impassible qu’une momie. Pris de panique, je pivotai vers vers les autres autour de moi et me contorsionnai en mille gestes, mais personne ne sembla ni me voir ni m’entendre !

Un instant, le décor vacilla et ondula comme dans un mauvais effet visuel. L’effroi me colla contre les portes du wagon, comme un boxeur sonné dans les cordes d’un ring. Jamais une telle solitude ne s’abattit sur moi. Quelle folie était-ce donc ?

Mais, alors que je perdais l’équilibre, soudain du haut parleur s’échappa le nom de ma destination :

« Gare du Nord »

Puis encore, à nouveau : « Gare du nord ».

La rame freina, crissa, s’ébroua et s’arrêta. Les portes coulissèrent et laissèrent rentrer et sortir une foule bruyante et morne dans laquelle je me glissai avec soulagement. Je divaguai en transes dans les couloirs de la station et me laissai emporter par les escalators jusqu’à la surface, où je m’échouai contre une colonne. Et où, le vacarme de la gare, son brouhaha harmonieux m’accueillirent chaleureusement. Ouf, je n’avais pas perdu le son…

*DLTEC : Dans les transports en commun

Gens dans le métro - ligne 4 à Paris - 23 oct 2016
Gens dans le métro – ligne 4 à Paris – 23 oct 2016
Croquis ligne 4 à Paris réalisé le 23 oct 2016
Croquis ligne 4 à Paris réalisé le 23 oct 2016

DLTEC #27 : quand votre femme disparait sans donner d’explication

Tête de jeune femme - croquis

Un étrange souvenir

Hier, notre rame s’est arrêtée « en pleine voie », comme ils disent à la SNCF. Juste au dessus de l’autoroute.

Machinalement, je portai mon regard au loin à la recherche de quelque point d’achoppement dans le paysage, mais c’est en moi même que se produisit l’inattendu. Soudain revint à ma mémoire un évènement étrange qui se produisit quelques années auparavant.

Chiara, ma femme d’alors avait disparu pendant deux jours sans donner de nouvelles. Je m’étais retrouvé seul avec mes filles devant inventer une histoire abracadabrante pour les rassurer, tandis que discrètement, je passai coup de fil sur coup de fil.

Pourtant, elle avait bien quitté le bureau comme tous les soirs. Richard, son boss, l’avait vu monter dans notre Opel, puis, plus rien.

Le lendemain, je me rongeais les ongles à attendre à un signe qui ne venait pas. Devais-je prévenir la police ou pas ? Je n’osais pas me sentir ridicule en monopolisant les forces de l’ordre pour un problème qui n’existait peut-être pas.

Le deuxième jour, je récupérai les filles à l’école. Quand nous rentrâmes, Chiara était là, tranquillement assise dans la véranda, à fumer une cigarette. Les filles se jetèrent sur elle pour l’embrasser. Moi, je la regardai. A un moment donné, son regard croisa le mien. Et puis, ce fut tout.

Je ne lui demandai jamais aucune explication.

La rame est repartie et je me remis à dessiner, comme je le faisais toujours pour passer le temps.

DLTEC : Dans les transports en commun

Jeune femme dans le métro - Lille, croquis réalisé ligne 2 - 19 oct 2016
Jeune femme dans le métro – Lille, croquis réalisé ligne 2 – 19 oct 2016

DLTEC #26 : la fille déguisée en lapin rose

Croquis du visage d'une fille déguisée en lapin rose

Cette passion étrange pour les lapins

Moi, je n’ai jamais très bien compris les gens qui s’habillent en lapin.

Vous me direz, c’est pas très fréquent.

C’est vrai, mais l’autre jour, justement alors que je prenais le bus en direction de la Gare, monta cette jeune fille, la vingtaine, pas plus, un peu enrobée, tout de rose vêtue, des oreilles de lapin posées sur la tête dardant au plafond. Elle tirait derrière elle une immense valise, dans le but évident de partir quelque part, loin.

Mais à peine avait-elle posé son derrière sur une banquette que deux jeunes hommes commencèrent à s’en prendre à elle, se moquant de sa tenue et de son problème de surpoids.

Bien que je n’approuve pas cette manière de s’habiller en animal en public, aussi mignon soit-il, inutile de vous dire que le comportement de ces deux jeunes abrutis me fit sortir de mes gonds. De quel droit s’en prenaient-ils à cette jeune innocente ?

Porté par un sentiment de justice, d’une voie ferme et aguerrie (celle de Schwarzenegger dans Terminator), je les réprimandai. Mais, au lieu de les remettre à leur place, mon intervention ne fit que redoubler leurs railleries, à mon encontre, cette fois !

Voilà que j’étais la victime maintenant ! Et bien sûr, la fille en rose ne réagit pas. Elle continua, au contraire, à jouer sur son téléphone, comme si de rien n’était.

Arrivée à la gare, le lapin descendit lourdement de la plateforme du bus et s’enfonça dans la foule, suivi plus loin des deux jeunes. Quand à moi, je m’enfonçai dans le sous-sol vers le métro. Dans ma tête trottait des millions de lapins roses.

croquis-fille-lapin-rose
Bon allez, j’avoue. Les oreilles, elle les avait pas. Mais c’était trop tentant 🙂

DLTEC #25 : Nadine, ma pire ennemie

femme-portrait

Quand je l’ai vue, je n’y ai pas cru. Nadine Vandenbasten, ma pire ennemie, était là, à moins de 3 mètres de moi dans la rame !

J’aurais pu lui faire le coup du parapluie bulgare ou lui tirer une balle dans la tête, elle n’aurait pas eu le temps de parer l’attaque. Dommage que je ne fus pas armé.

Incroyable !

Je ne l’avais pas revue depuis mes années de collège, mais j’étais sûr que c’était bien elle. A part les rides et la graisse qui lui empâtait le visage, elle n’avait pas changé. Nadine, ma pire ennemie. Lorsque nous étions ensemble en classe de 3ème, elle m’avait fait tous les coups, avec un acharnement que je n’ai jamais pu comprendre. Le sucre dans mes frites à la cantine, c’était elle ! Les rumeurs sur l’état de propreté de mes caleçons auprès de la gente féminine du collège, c’était encore elle ! Les dénonciations incessantes auprès du CPE pour mes menus forfaits de collégien immature, toujours elle ! La garce, la chienne, la salope ! Que je n’ai jamais pu coincer… Car elle ourdissait toujours ses actes avec une subtilité qui me dépassait.

Et voilà que, 25 ans plus tard, le présent me la régurgite sous cette forme féminine sans charme, moyenne, banale, de femme quarantenaire… assise devant moi, sans me voir, remplissant une grille de mots fléchés. Rendue à la routine de nos vieux âges.

J’aurais pu aller la saluer,  effacer les vexations, pardonner et rire de nos adolescences tourmentées, mais non ! Ma rancune dépassa mes bonnes intentions et sans pitié, je la croquais d’un trait rageur en espérant que les hoquets du wagon défigurent ignominieusement les traits de son visage si tranquille aujourd’hui.

Nadine, je te hais !

Femme dans le métro - Croquis au crayon réalisé dans le métro de Lille le 17 oct 2016
Femme dans le métro – Croquis au crayon réalisé dans le métro de Lille le 17 oct 2016