Allons-nous tous devenir des robots ?

On débat énormément de l’intelligente artificielle et de la robotisation dans notre petit milieu. Pour les uns, c’est la porte ouverte à la fin du travail et à la domination des hommes par les machines. Pour les autres, c’est au contraire de formidables sources de développement et d’affranchissement.

Comme toujours, dans ce genre de débat, ce sont les opinions extrêmes qui émergent. Les propos nuancés, les vraies réflexions demeurent toujours sous le niveau de la mer et nous font passer à côté de l’essentiel.

Que la robotisation des tâches manuelles ou intellectuelles aient lieu, c’est un fait. C’est déjà en cours et les phénomènes actuels auxquels nous assistons me semblent être surtout une accélération des mutations dans le monde du travail. A court terme, qui est celui qui intéresse les êtres humains le plus souvent, car le court terme est ce qui concerne leur vie au quotidien et non pas un probable ou improbable avenir, des professions vont devoir évoluer, changer… certaines tâches, parfois beaucoup, vont pouvoir être prises en main par les machines.

Que ce soit un bien ou un mal pas n’est pas, selon moi, la question.

La question est : comment allons-nous profiter, comment les hommes (dans le sens générique du terme, j’y inclue donc les femmes) vont pouvoir profiter de cette manne de productivité ? Des emplois vont être détruits, très certainement. D’autres vont être créés. Très certainement aussi, même si il est difficile de prévoir à l’avance quelle sera la nature de ces nouveaux emplois.

La question, c’est l’entre-deux et c’est le point final. Que va-t-il se passer entre deux et combien de temps faudra-t-il pour que ceux qui perdent un emploi à cause de la robotisation en retrouve un ? S’ils en retrouvent un.

Pour moi, tout le débat est là. Tout l’enjeu est de déterminer et de mettre en oeuvre les politiques de transition qui font que les gens qui perdent leur emploi, qui doivent apprendre un nouveau métier allons-nous mettre en place pour rendre ce changement moins douloureux, voire vivable, voire supportable, voire même agréable et enrichissant ?

Comment allons-nous vivre cette réalité ? Comment allons-nous la prendre en compte ?

Et au delà de cette première question s’en pose une autre, en filigrane. Les gains de productivité sont tels avec la robotisation que l’on va pouvoir se demander s’il faudra toujours autant travailler demain qu’aujourd’hui ? Y aura-t-il encore un sens à passer la majorité de son temps à le faire alors que par individu, dans les sociétés industrialisées modernes, la productivité de chacun est sans doute en train d’atteindre des sommets inimaginables il y a encore 50 ans ?

Quel sens y aurait-il à cela dans un monde où la surabondance nous étouffe ? Trop de produits manufacturés, trop de bouffe, pas assez de sens. La robotisation est voué à un bel avenir. Elle pourrait libérer les hommes de nombreuses tâches insupportables, pénibles, inintéressantes, mais pour leur donner quoi, en échange ?

C’est, à mon avis, aussi dans cette direction qu’il faut creuser, car même si le progrès technologique est toujours souhaitable, il ne peut jamais se réaliser sans être accompagné par des réflexions et des mesures qui le rendent supportable et acceptable par tous.

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Etre entrepreneur, c’est quoi ? Echanges à Blanchemaille

Cette semaine, j’avais été appelé à témoigner devant d’autres entrepreneurs de ma vie d’entrepreneur par Blanchemaille, l’incubateur/accélérateur d’entreprises ecommerce à Roubaix.

J’ai toujours aimé partagé mon expérience, bien que je ne me considère pas comme un entrepreneur modèle. Mais, créateur de deux entreprises, entrepreneur quasi sans interruption depuis plus de 15 ans, je pense me donne le droit de faire parfois des petits retours d’expérience qui, je l’espère, pourront donner des idées ou de l’inspiration à ceux qui souhaitent aussi l’être.

Car entrepreneur, ce n’est pas un métier, c’est plutôt un choix de vie. A partir du moment où vous quittez la sphère salariée, cela veut dire que vous acceptez de vivre sous un certain de seuil de risque qu’une majorité de gens ne prennent pas. Cela veut dire que tout vos réflexes sociétaux, que votre manière de vivre vont être impactés par votre choix professionnel. Entrepreneur, c’est accepter de ne plus avoir d’horaires fixes, c’est refuser (en France) le droit au chômage, c’est parfois engager une bonne partie de ses biens sur son activité, c’est aussi ne jamais vraiment quitter son boulot en pensée que ce soit la nuit, le weekend ou pendant les vacances.

La question de la motivation

La question qui m’a le plus touché lors de cette petite réunion informelle avec des nouveaux entrepreneurs était de savoir ce qui m’avait motivé à devenir entrepreneur. Et je crois savoir que l’argument principal pour moi était la liberté. Pour moi, entrepreneur, c’est être libre, c’est obtenir le droit de gérer plus facilement sa vie professionnelle, comme sa vie privé. De mieux la diriger. De pouvoir donner un coup d’accélérateur à ses revenus quand c’est nécessaire. De pouvoir arriver à midi au boulot, car on s’est levé du mauvais pied. De pouvoir prendre plus ou moins de vacances, et quand on veut. De décider soi même des projets qu’on va mettre en oeuvre, mais aussi, et c’est ironique, des erreurs qu’on va faire. Et surtout, et je trouve cela sans doute le plus important, de pouvoir connaître la réussite grâce à ses mérites personnels que sont la capacité de travail, la créativité, l’intelligence. Qualités qui ne sont pas forcément nécessaires quand on veut réussir en entreprise (oh, il y en a qui vont se fâcher). Etre entrepreneur serait aussi pour moi adhérer à un certain code d’honneur, à participer à une certaine chevalerie ou les entrepreneurs seraient des chevaliers qui se reconnaîtraient entre eux par la vénération et l’adoration d’une certaine culture du travail (ce qui, croyez-moi bien, n’est pas vrai à 100%, car j’ai trouvé chez les entrepreneurs, aussi, les pires escrocs qui soient).

La liberté donc était le critère fondamental.

Le marché comme seul juge de mes compétences

Un dernier point à ce sujet, une dernière raison était aussi le droit de ne pas avoir à obéir à un supérieur hiérarchique et à prendre le marché comme seul juge de sa capacité à faire quelque chose. En ce sens, en tout cas, j’aurais abouti. Car je peux me targuer aujourd’hui d’avoir une entreprise de plusieurs salariés, réalisant plusieurs centaines de milliers d’euros de CA. C’est donc une gratification importante.

Mais il ne serait juste de ne parler de la liberté sans parler des contraintes qu’elle crée à nouveau, car être entrepreneur, c’est aussi être enchaîné à son entreprise, presque corps et âme.

Les contraintes

Pour ce qui est du corps, j’ai de la chance, je travaille dans le web, et cela me permet assez facilement de m’affranchir des contraintes géographiques ou temporelles. Je travaille une bonne partie du temps chez moi, parfois dehors dans des cafés, souvent dans le train, en déplacement, et le reste au bureau, que je fréquente assez peu, somme toute, car cela me rappelle des mauvais souvenirs de salariés.

Pour le temps, là aussi, je m’en sors plutôt bien, car je peux réguler mes heures comme il me convient. L’intérêt de cela est de pouvoir aussi prendre du temps plus facilement pour mes enfants, quand la nécessité s’impose. J’ai aussi réussi, et c’est important, à bannir tout travail le weekend. Pendant longtemps, je ne l’ai pas fait et ça avait été une erreur. Même si l’on est tenté très souvent de répondre à ses mails, de faire un petit truc ou deux pour passer le temps, travailler le weekend revient en fait à sacrifier son temps de repos et à s’épuiser plus rapidement.

Pour l’âme, c’est plus compliqué.

Etant angoissé par nature, l’entreprise représente pour moi un fardeau mental permanent. Le pire étant celui de la trésorerie.

Il faut dire que je travaille dans une activité de conseil qui ne me permet pas de me reposer commercialement.

Tous les mois, je dois signer des contrats, trouver des missions. Et même si je ne m’en suis pas trop mal sorti jusqu’à maintenant, je dois avouer que ce besoin m’épuise. J’y pense tout le temps et je regarde mon compte en banque quasiment quotidiennement. J’essaie de tenir un plan de trésorerie de manière régulière pour pouvoir anticiper les grosses échéances que sont le paiement des charges sociales et chaque trimestre me voit presque paniquer devant les montants à débourser. Heureusement, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais eu à devoir faire appel à mon banquier ou à un autre créancier pour me tirer d’affaire. Je m’en suis toujours sorti tout seul.

Très indépendant d’esprit, j’ai aussi toujours considéré que travailler seul était difficile pour moi. J’ai besoin de la présence d’autrui, non pas seulement pour déléguer, mais aussi pour « partager » et sentir une présence. Je redoute la solitude plus que tout et je sais à quel point elle peut me conduire à des états anormaux. J’ai donc très rapidement salarié une personne, puis deux, puis trois, etc… Cela fait ma fierté de pouvoir faire travailler des gens autour de moi, mais, je l’avoue, cela fait aussi mon calvaire, puisqu’il faut tous les mois sortir des salaires, et là, pas question de mégoter. Vous ne pouvez que payer. Et il est impossible de négocier, même en cas de situation difficile !

Petite conclusion : apologie du réalisme

Chaque entrepreneur, je pense, a son approche de l’entrepreneuriat. Il n’y a pas une sorte d’entrepreneurs. Et chacun doit trouver ses propres motivations. Mais il y a une chose, je pense qui les qualifie tous de la même façon : c’est le réalisme. Vous ne pouvez pas entreprendre si vous n’êtes pas un minimum réaliste. Vivre sans filet de sécurité l’impose. Et être réaliste suppose simplement de savoir quand se jeter dans le bain, quand mettre un coup d’accélérateur, quand devoir se dépasser pour faire quelque chose qu’on n’aime pas. Et je crois, qu’à ce sujet, peu de candidats sont, en réalité, aptes. Même si ne ce sont pas ces qualités qui font un entrepreneur, ce sont elles, en tout cas, qui lui sont indispensables si il veut durer.

La première chemise à ternir l’image de la France

Mon Dieu, la France est en train d'être ternie ! (Image piquée sur le site du Monde)
Mon Dieu, la France est en train d’être ternie ! (Image piquée sur le site du Monde)

On dirait que les élites gouvernent en regardant la télé

Je suis ébahi. Ebahi par la manière dont les médias traitent et maltraitent l’actualité en en faisant quotidiennement un show à grand spectacle dans lequel tout le monde croit voir la réalité. Les gens normaux (comme vous et moi, mais ça encore, ça n’est pas bien grave), mais surtout les gens dits « intelligents » ou plutôt ceux qui sont censés nous éclairer, nous guider, nous orienter et qui tiennent un peu quand même les manettes du pays. Dans cette catégorie, celle que l’on peut aussi appeler l’élite, il est possible de verser toute une foultitude de personnes « supérieures » : journalistes, politiques, experts (soi-disant) divers en tout, consultant et autres penseurs de la dernière pluie, intellectuels de plateaux télé.

Dernier avatar en date de cette maladie qui consiste à prendre pour argent comptant tout ce qui se passe à la télé et sur le web (via la vidéo) : la terrible et inquiétante affaires des chemises déchirées des cadres sups d’Air France.

Les chemises déchirées au pouvoir super ternissant

Je ne vais pas vous relater les faits. Ils ont été grossièrement déformés à peu près par tout le monde, sauf, heureusement, par Le Monde dont la vérité sort assez souvent des écrans (lire : Ce qui est reproché aux cinq salariés d’Air France mis en cause pour « violences en réunion »).

Mon point de vue, avant de lire cet article, était assez simple, puisque comme tout le monde, je pensais que les 5 types attrapés par la police le lendemain étaient les auteurs des chemises déchirées et qu’on y avait été un peu fort dans la réprimande suite à cet acte malheureux. Notre Premier Ministre qui, visiblement, s’informe plus par les médias que par ses propres services, s’était donc fendu (j’ai sorti volontairement la phrase du contexte) d’un tonitruant et patriotique blablabla…. « Ces images ont porté préjudice à l’image de notre pays, il faut l’avoir en tête« … blablablabla

Hou là là, les vilains « dockers » d’Air France qui, dans leur colère, n’ont pas pensé une minute en maltraitant quelques cadres qu’ils terniraient l’image de la France. Et effectivement, les chemises déchirées, avant même qu’on aille les chercher au lever du jour avaient fait le tour de la planète, donnant (ou pas, en fait, personne n’en sait rien) une image négative de la France.

Lui, Jérôme, un ministre avec un compte caché en Suisse, n'a pas du tout, mais pas du tout, terni l'image de la France
Lui, Jérôme, un ministre avec un compte caché en Suisse, n’a pas du tout, mais pas du tout, terni l’image de la France

Tout semblait si simple, mais..oh wait !!!

Comme tout cela semblait simple, clair et limpide. Devant nos yeux mi-amusés, mi-scandalisés, l’éternel combat du syndicaliste alcoolique contre les dignes représentants de notre élite dirigeante montrait bien à quel point notre système entrepreneurial était freiné dans sa grande marche en avant vers les dividendes et les milliards par ces bouseux venus du fond des âges incapables de comprendre qu’en protestant, ils ternissaient l’image de notre grandiose économie que tout le monde nous envie (je me moque).

Moi, Agnès Saal, j'ai sauvé G7 de la faillite, mais je n'ai pas terni l'image de la France
Moi, Agnès Saal, j’ai sauvé G7 de la faillite, mais je n’ai pas terni l’image de la France

Or, petit problème : j’apprends aujourd’hui qu’en réalité, personne, grosso-modo, ne sait qui a déchiré la chemise de qui. Des types accusés, des vigiles qui ont tenté de protéger le DRH d’Air France. Et d’ailleurs, ce n’est pas pour cela que les 5 syndicalistes se retrouvent devant la justice. Mais pour d’autres faits qui se sont déroulés loin des caméras. Comme quoi la justice semble moins conne que les médias et les politiques.

Ils sont de retour et ils ne sont pas contents. Faisez gaffe à vos chemises !
Ils sont de retour et ils ne sont pas contents. Faisez gaffe à vos chemises !

Alors quoi ? Qu’est-ce qui est grave dans cette affaire ? Que des types s’en soit pris violemment à parti à d’autres, en lieu et place d’un dialogue sain entre gentlemen ? Oui. La violence physique pour quelque raison que ce soit ne peut être excusable.

Mais ce serait bien trop simple de s’arrêter là. Trois choses m’ont particulièrement choqué :

  1. Que le fait de violenter des dirigeants d’entreprises ait l’air d’être considéré comme un crime des plus graves, non pas en raison de leur violence, mais en raison d’une atteinte à une sorte de caste qui serait intouchable par définition. Qu’il y ait une solidarité entre cols blancs, je la comprends, mais que des hommes politiques, ainsi que Manuel Valls, l’a fait condamne quelques escogriffes avinés (car ils étaient bourrés) comme les pires des ennemis de la France, moi, ça me choque.
  2. Que le débat se résume à simple débat sur la forme et les images montrent bien à quel point il tient plus des brèves de comptoir que de vraies réflexions de fond
  3. Mais le pire, je trouve, reste quand même cette incantation ridicule qui consiste à accuser nos 5 larrons d’avoir terni l’image de la France. C’est vrai, il faut le dire, que Mr Valls fait partie d’un gouvernement irréprochable de ce point de vue là. Entre celui qui a des phobies administratives et ne paye pas ses impôts, celui qui a un compte en banque en Suisse sans le déclarer, et ceux qui cumulent des tas de mandats pour toucher des rémunérations pour des fonctions qu’ils exercent à peine, on se rend bien compte (et je suis toujours ironique au cas où vous ne vous en seriez pas encore rendu compte) que nos 5 voyous du dimanche sont presque des terroristes, alors que toute cette clique gouvernemental, bien propre sur elle, ne ternit pas l’image de la France. Au contraire, il n’y a plus rien à ternir, c’est déjà fait. Ils sont juste en train de repasser des couches de peintures sur ce qui est déjà le plus dommageables à notre pays : l’incurie, l’arrogance, l’impotence, la lâcheté de ces gouvernants qui depuis des années ne font qu’enfoncer le pays dans le marasme. Et non, ça ne fait pas le jeu du Front National de le dire. Ce n’est malheureusement que la vérité.
Je m'appelle Thomas et tout en étant Ministre du gouvernement français, j'ai fraudé le FISC comme si de rien n'était. A part ça, je n'ai pas terni l'image de la France.
Je m’appelle Thomas et tout en étant Ministre du gouvernement français, j’ai fraudé le FISC comme si de rien n’était. A part ça, je n’ai pas terni l’image de la France.

Uper Pop ou les taxis ? Comment choisir ?

Bienvenue en France, monsieur !
Avant, y avait pas de GPS, pas d’Uber, etc…! Et comme disait ma grand-mère : « c’était mieux avant » !

Bon voilà qu’Uber Pop est interdit. En France, on n’y va pas par quatre chemins. Et on n’a pas peur des américains. Tu ne respectes pas la loi, hop, on t’interdit, hein ! Et c’est pas du tout sous la pression des taxis qui commençaient à montrer un petit peu trop les crocs qu’on agit. Non, chez nous, on n’est pas comme ça, on ne laisse pas traîner les problèmes pendant des mois pour ensuite trancher dans la précipitation en espérant que ça tiendra jusqu’à la prochaine crise.

Faut dire aussi que Uber Pop l’avait bien cherché. En proposant un service moins cher, plus efficace et plus agréable que les taxis, il mettait un peu le doigt dans l’engrenage. Taxi, monsieur, c’est un métier ! Ca se paye ! (cher) et ça se mérite. Faut pas déconner quand même. Attendre moins d’une minute pour avoir un chauffeur ? Et pourquoi pas mettre des bouteilles d’eau à disposition dans les taxis ?! Non, un taxi, ça doit s’attendre. Et puis, si vous n’êtes pas content, c’est déjà 3 ou 4 euros rien que pour la prise en charge. Ça vous fera les pieds (que vous pourrez utiliser pour vous rendre à votre destination, d’ailleurs, si ça ne vous plait vraiment pas).

Au moins, avant Uber Pop, on savait à quoi s’attendre. Des types pas polis, chers et un poil malhonnêtes, mais ça faisait partie du charme à la française qui a d’ailleurs donné l’idée à Travis Kalanick d’inventer Uber Pop (lire la fin de « L’homme qui veut tuer l’industrie du taxi« ), un truc à l’américaine où les chauffeurs seraient polis, à l’heure et pas chers (entre nous, c’est n’importe quoi, vraiment !). Comme quoi, sans eux, il n’y aurait jamais eu Uber. Alors, c’est qui les meilleurs ? C’est encore les français  ! Cocorico !

Mais Uber Pop, quand même, c’est la modernité. Imaginez ! Des salariés pas salariés. Une entreprise qui ne paie pas de charges sociales ni d’impôts en France. Un service illégal dans tout plein de pays rétrogrades comme le notre. C’est quelques types au fin fond d’un immeuble de la Silicon Valley, armés de centaines d’avocats, qui se font des couilles en or, sans avoir rien inventé ou presque. Le futur, quoi ! L’enrichissement en apauvrissant tout le monde. Il fallait y penser ! (Quoique je crois que déjà pas mal de monde y avait pensé avant). Seulement, chez Uber, on le fait en douceur, avec la classe, de la technologie qui fait cool (car ce qui est cool excuse tout ou presque), en inventant des trucs pas croyables comme l’économie collaborative ou partagée. On se croirait presque au temps de l’URSS tellement c’est collaboratif. Et puis, Uber, c’est rien comparé au futur du futur. Les taxis peuvent bien gueuler, de toute façon, dans 5 ans, il n’y en aura plus un seul puisqu’ils seront tous remplacés par des robots taxis (ah et puis les chauffeurs d’Uber Pop aussi, tiens ! Vous savez, « ces gentils pauvres français d’immigration récente qui habitent dans des cités et qui sont tellement méchamment rejetés par la société française, mais que cette grande multinationale américaine si philantrope sauve de la drogue et de la misère. Et aussi du chômage en en mettant d’autres au chômage. »). Ah non oui, le futur est beau. Merci monsieur Uber. Franchement, on aurait tort de s’en passer.

Donc voilà, vous avez compris. Uber, c’est l’avenir, mais c’est pas super cool pour tout le monde. Les taxis, c’est le passé et la tradition, mais avec un petit goût de renfermé et de moisi. Entre les deux, à vous de choisir. L’avenir de la France en dépend, souvenez-vous en !

Uber et la révolution pas en douceur

Steve Jobs aimait à mettre le mot révolution à toutes les sauces, mais dans sa bouche, le terme était tant galvaudé qu’il en devenait risible.

Mais si l’on parle de Uber, le mot « révolution » n’est certainement pas trop fort étant donné le choc phénoménal dont les manifestations de taxi ne sont que les prémices et les signes annonciateurs.

Il y aura bientôt d’autres Uber

Car si Uber soulève autant le tollé chez les taxis (dont la violence de certains n’honorent pas une profession souvent détestée), il faut bien garder en tête qu’il y aura bientôt (et il y a déjà) d’autres Ubers en gestation (et qu’on se le rappelle, Amazon a été en son temps un Uber dans sa guerre déjà gagnée contre les libraires).

Ce qu’Uber dessine à un horizon proche, c’est bien le choc dans l’organisation de l’économie que sont en train d’apporter les nouvelles technologies avec une violence, mixée à un ultracapitalisme sauvage, inédite. On n’est pas loin des pires heures de la révolution industrielle, bien que les conditions des bélligérants ne soient pas du tout les mêmes. Un taxi, en effet, n’est pas un mineur de fond, ni un paysan de la fin du XIXème siècle, il vit dans des conditions d’hygiène et de revenus largement supérieures, mais la violence qu’Uber inflige à sa profession, en revanche, n’est pas loin de celle que l’industrialisation a exercé sur de nombreuses classes de travailleurs.

Et ce n’est pas fini !

On peut multiplier les Uber à l’infini

Je rigolais cette semaine en imaginant un UberCoiff’, mais en réalité, cela n’a rien de drôle. Rien n’empêcherait Uber de mettre en place un service de coupe de cheveux à domicile entre particuliers. Et ça sera « Pan ! » sur les coiffeurs. Coiffeurs qui auront payé une formation et un fond de commerce pour pouvoir exercer. Uber balayerait tout cela d’un coup d’application mobile !

Que lit-on en filigrane dans les manifestations répréhensibles des taxis ? On y lit la violence d’évolutions technologiques, accaparées par de puissants fonds d’investissements anglo-saxons (mais peut-être aussi européen, peu importe) qui, bien décidé, à faire de l’argent proposent une magnifique innovation de service tout en massacrant allègrement un marché, certes un peu trop cloisonné, au mépris des lois en profitant en toute impunité de la lenteur et de la nullité des législateurs.

Aujourd’hui les taxis, demain les pharmaciens ?

Aujourd’hui, ce sont les taxis qui renversent des voitures et tabassent des innocents. Mais demain, d’autres ne le feront-ils pas ? Les pharmaciens qui voient leur monopole de distribution de médicaments remis en cause par de nouveaux acteurs de la distribution online ? Les transporteurs de marchandises qui pourraient voir débarquer des hordes de camions venus de pays aux charges sociales allégées et aux travailleurs mal payés ? Et si on veut aller plus loin (et on le peut à lire l’enthousiasme de certains pour les nouvelles technos), demain, ne pourra-t-on pas remplacer des millions de chauffeurs par des voitures et des camions sans conducteurs ?

Oui au progrès, non à l’ultra-capitalisme sauvage

Si la technologie peut apporter des progrès immenses (et je suis de ceux qui la louent pour ceux-là), cela ne doit pas empêcher de voir qu’entre certaines mains, elle peut devenir plus destructrice que constructrice (c’est la dualité de l’énergie nucléaire : le bien = les centrales / le mal = la bombe atomique).

Si vous êtes pour une libéralisation totale des marchés, cela ne vous dérangera sûrement pas que des millions de personnes perdent leur emploi, leur possessions, leur métier et leur dignité. Si vous avez une âme et que le sort de vos prochains vous intéresse, peut-être réfléchirez-vous à deux fois avant de huer les taxis en oubliant que ce sont aussi des gens avec des familles qui travaillent parfois dur et payent cher le droit d’exercer leur profession. Mais, vous l’avez compris, le problème, ce n’est pas le taxi, ce sont les changements trop rapides et non maîtrisés qu’induisent les nouvelles technos sur le monde du travail.

Encore une fois, n’oubliez pas. Si personne ne fait rien contre Uber aujourd’hui et ne régule pas avec forces les évolutions que cette société entraîne sur le monde économique, ça sera le déchaînement demain dans d’autres domaines. Et peut-être même le votre, même si vous travaillez dans le monde privilégié des NTIC.

Mes top 3 motivations pour être entrepreneur

A moins d’être né dans une famille entrepreneuriale, on ne devient pas entrepreneur par hasard.

C’est un choix qui trouve ses racines profondes dans le vécu, les aspirations et les traits de caractère de l’aspirant patron. On ne sait pas forcément pourquoi consciemment on le devient. C’est avec le temps, selon moi, que l’on découvre ces raisons qu’on ne pouvait pas imaginer tant qu’on avait pas goûté aux joies et aussi aux malheurs de l’entrepreneuriat.

Alors pour ce qui me concerne, voici mes trois principales motivations :

1) De me dire chaque jour que je ne sais pas de quoi sera fait mon lendemain.

L’entrepreneuriat, pour moi, est comme un voyage, une aventure, qui me mènera là où mes forces seront capables de m’emmener, mais sans que jamais on connaisse la destination. Et même jusqu’à l’âge de ma mort. Etre entrepreneur me donne la sensation que c’est moi qui dirige ma vie et pas d’autres personnes qui prendraient des décisions pour moi.

2) De me dire que j’aurais apporté ma pierre à l’humanité

Oui, je sais, c’est bien présomptueux d’écrire ça, mais c’est pourtant réellement bien ce que  je pense. Etre entrepreneur, c’est se donner le pouvoir de changer un peu le monde, d’y apporter sa graine et d’espérer qu’elle germe en laissant des traces. On peut s’appeler Steve Jobs et se dire qu’on a bien le fait job (oh oh, jeu de mots) en ce sens, mais on peut aussi très bien se contenter de dire qu’on a apporté des idées, des méthodes, des savoirs à d’autres, à son petit niveau, et que c’est déjà beaucoup.

3) De voir d’autres partager ma joie

Pour beaucoup, l’entrepreneur ne pourrait pas être une personne altruiste. Je crois bien au contraire qu’être entrepreneur, c’est être très altruiste. C’est offrir, par sa capacité à vouloir changer les choses, par son enthousiasme, par son sacrifice parfois (je sais, il y en a qui rigolent au fond de la salle), par ses compétences bien sûr, la capacité de s’épanouir dans un métier, dans une action collective qui permettent à d’autres gens de pouvoir faire avancer leurs projets.

Il y a encore sans doute beaucoup d’autres motivations qui conduisent à se lancer dans l’aventure. Dont l’argent. Mais c’est un sujet à part et spécifique. Car pour moi, l’argent, bien qu’il soit lié intimement au capitalisme, n’est absolument pas un moteur de l’entrepreneuriat. En tout cas, il n’est pas en haut de l’affiche. Et donc, j’en parlerai une prochaine fois.

La liberté comme motif d’entreprendre

Lorsque j’ai créé ma première entreprise, je ne savais vraiment pas où je mettais les pieds.

Entrepreneur, j’imaginais, c’était être le chef, c’était être dynamique, c’était prendre des décisions importantes, c’était manager des hommes et des femmes, c’était faire partie d’une sorte de race supérieure tandis que les autres, les petits salariés n’étaient qu’une bande de poltrons trop attachés à leurs privilèges pour oser se lancer dans l’aventure.

Je n’avais pas forcément beaucoup d’ambitions, mais je ne m’interdisais pas, parfois, de rêver, et de me voir, tout comme un certain chanteur à l’aube de sa carrière, en haut de l’affiche. Je me levais tôt, très tôt, pour reprendre l’antienne d’un ancien président. Je faisais partie de la France qui se lève tôt.

Et je me couchais tard. Et parfois même, je ne dormais pas du tout.

J’avais la conviction ancrée que si je m’arrêtais de travailler, mon monde s’effondrerait. Que si je me reposais un instant, je ne parviendrais jamais à mes buts, quoiqu’ils furent très obscurs pour moi. J’avais autant peur que j’avais confiance en moi. Un jour, je pouvais croire fermement que toute mon aventure était en train de s’arrêter. Le lendemain (après avoir signé un contrat, en général), je voyais l’avenir en rose et j’imaginais la presse louer mes qualités géniales d’entrepreneur.

Il y a toujours eu en moi cette part de confiance effrénée dans ma personne, mais également ce sentiment oppressant et permanent de tout rater. J’ai toujours été pris entre ces deux feux ne comprenant pas pourquoi l’un ne pouvait pas fonctionner sans l’autre.

Les années ont passé et après plus de 10 ans d’aventure, je peux le dire aujourd’hui, j’ai enfin réussi ma vie d’entrepreneur, mais elle n’est pas du tout celle que j’imaginais.

Je crois que la plus grande chose que j’ai gagné en devenant entrepreneur, c’est la liberté.

La liberté de me dire le matin quand je me lève que je peux faire ce que je veux. Rester au lit encore un instant ou bien foncer sur mon ordinateur pour accoucher d’une nouvelle idée ou bien encore travailler ou bien ne pas travailler. Tout est devenu possible. C’est vraiment cette liberté de choisir mon emploi du temps comme je le veux qui me tient.

Il y a aussi cette liberté de me déplacer. Rien ne m’oblige à aller au bureau tous les matins. Je peux arriver à l’heure que je veux, éviter les embouteillages. Si je n’ai pas envie de venir, je peux aller à Paris assister à un salon ou à une conférence. Je suis aussi souvent en déplacement à droite et à gauche, à Paris, dans le sud, dans le nord, pour voir mes clients. Et j’aime beaucoup cette possibilité de pouvoir ne jamais être au même endroit quelque soit le jour de la semaine.

Mais cette liberté, je ne l’applique pas qu’à moi. Je l’applique aux autres aussi, car depuis que je suis entrepreneur, je peux aussi m’occuper plus de mes enfants : les conduire à l’école, à leurs activités, chez le médecin. Je peux aussi être plus présent pour ma femme, pour l’aider dans ses activités et aussi dans la tenue de notre ménage, moi, qui ait une très forte propension naturelle à fuir toutes les tâches domestiques. Mon entourage aussi en bénéficie.

Et tout cela, je peux le mixer à ma façon et en faire un mode de vie où je suis disponible pour les autres, à la fois dans le travail et dans la vie privée. C’est un véritable trésor que je choie et dont j’ai conscience qu’il fait de moi un véritable privilégié.

Mais cette liberté, je l’ai choisie et je me suis battu pour l’avoir, avec parfois des dommages collatéraux irréparable (une séparation, par exemple). Je ne l’ai pas volé, comme on dit, et je dois dire que j’en suis assez fier et que, aujourd’hui, c’est vraiment la raison principale qui m’a poussé à devenir ce que je suis. Pas l’argent, pas la gloire, pas la puissance, mais la sensation que je dirige ma vie comme je l’entends et que personne ne peut m’obliger à faire autrement. Et je trouve que cela n’a pas de prix. Et c’est sans doute pour cela que je suis devenu entrepreneur.