DLTEC #32 : Soudain, elle apparut !

Jeune fille avec un foulard vert

(ce billet fait suite à Seul dans la rame. Lisez-le avant de le lire)

Soudain, je la vis, elle était là ! La fille du métro que j’avais trouvée si jolie, l’autre jour. Seule avec moi dans la rame !

Elle se posa contre les portes côté voie et sortit un livre, le même, peut-être, qu’elle avait la première fois que je la vis. Elle l’ouvrit à l’endroit d’un marque page aux bords rongés par l’usure, puis en commença immédiatement la lecture. Aussitôt, je la vis plongée dans un univers lointain, indifférente à tout ce qui pouvait se passer autour d’elle.

Et moi, je la regardais comme un imbécile d’adolescent. Subjugué par son visage si parfait ! On ne rencontrait pas tous les jours une émanation si réussie de la féminité. Elle n’avait rien d’un mannequin ou de cette plastique sans défaut des actrices américaines. Non, sa grâce émanait d’un assemblage équilibré des formes mais aussi d’une simplicité qui ne nécessitait aucun fard. Sa beauté me rappelait celle, humble, de ces statues de saintes en haut des murs des églises romanes.

Nous arrivâmes à une nouvelle station. Quelques personnes montèrent et le charme se rompit. Je me repliais dans un coin du wagon tout en continuant discrètement de l’observer.

Qui était-elle ? Que faisait-elle ? Où allait-elle ? Pourrais-je jamais lui adresser un mot ?

A la gare Lille Flandres, je descendis et elle descendit. Les passagers sortants s’agglutinèrent au bas de l’escalator qui menait au dehors. Je tentai vainement de me rapprocher d’elle, mais la foule se fit fort de nous séparer et lorsque j’arrivai dans le grand hall souterrain de la gare, elle s’était évanouie !

Jeune fille au foulard vert - croquis réalisé à Paris le 30 oct dans le métro de Paris ligne 5

Jeune fille au foulard vert – croquis réalisé à Paris le 30 oct dans le métro de Paris ligne 5

 

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DLTEC #31 : Seul dans la rame

Croquis dans le métro

C’était le dernier jour de la semaine. Ouf, il était temps ! Nous étions seuls dans la rame avec ce gars totalement concentré sur son téléphone, sans doute en train de jouer à je ne sais quel jeu. Même au moment où je fis mon apparition brutale, il ne leva pas les yeux de son écran. Les ravages des téléphones intelligents, me dis-je. Plus personne ne fait attention à personne. Déjà que ça n’était pas brillant avant. L’invention de ces petits appareils nous isolait encore plus les uns des autres. Vous pouviez être « connecté » avec vos amis qui se trouvaient à 10,000 km de là, par contre, être totalement absent avec vos voisins à moins de 2m de vous.

Tout à fait paradoxal !

N’ayant rien d’autre à faire, je sortis également mon smartphone de ma poche et me lançai dans une partie effrénée de 2048, un jeu de patience qui avait le don de vous faire oublier le temps et tout ce qui vous entoure. Comme une drogue !

Nous jouâmes pendant quelques stations, puis le jeune homme descendit et je me retrouvai seul dans la rame. Il n’était pas si tard pourtant. A cet horaire, d’habitude, les rames n’étaient pas vides… (la suite bientôt)

*DLTEC : Dans les transports en commun

Croquis du 27 oct 2016 - métro de Lille - ligne 2

Croquis du 27 oct 2016 – métro de Lille – ligne 2

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DLTEC #30 : un marin dans le métro

Croquis homme dans le métro

Pourquoi cet homme pleurait-il dans le métro ?

Ça n’était pas la première fois que nous restâmes coincés au dessus de l’autoroute, entre Les Prés et Jean-Jaurès . Le métro y avait pris sa petite habitude et nous offrait, presque chaque jour, un court instant inutile, une bulle spatio-temporelle, dans notre traintrain quotidien.

Parmi les passagers qui patientaient, il y avait ce type, que je remarquai alors, à chaque fois que cet arrêt impromptu se produisait. Un caban, un bonnet de marin sur la tête, un anneau dorée dans le lobe. Une ancre tatouée dans le cou. Comme un marin. Je le regardai laisser perdre son regard dans le lointain, par dessus les plages de bitume, les constructions anarchiques de cette zone de la métropole, dans la brume naissante de l’hiver. Et à chaque fois, après quelques secondes d’observation, je le voyais laisser naître de son oeil droit une larme qui descendait ensuite lentement de sa joue pour aller se briser dans les poils de sa barbe.

De son visage émanait une profonde tristesse, un drame terrible qu’il laissait deviner par cette insignifiante goutte d’eau salée émise de son oeil.

Un jour, n’y tenant plus, je m’approchais de lui. Et, comme lui, je jetais mon regard dans le vague. Comme d’habitude, la larme coula. Puis, une fois qu’elle eut atteint l’orée de sa barbe, il dit, sans détourner les yeux :

« C’est dans ces petits instants fugaces qu’on apprécie d’être en vie. » Suivi d’un long soupir bourré à craquer de significations profondes qui, je dois dire, m’échappaient un tantinet. Je ne lui répondis pas et la rame repartit.

Je ne l’ai plus jamais revu depuis. Mais ce matin, en épluchant mon gratuit, j’appris qu’un homme, en bonnet de marin, s’était jeté de la voie de métro sur l’autoroute entre Les Prés et Jean-Jaurès. Quel curieux hasard, n’est-ce pas ?

Homme habillé en marin - croquis dans le métro de Lille, ligne 2, le 25 oct 2016

Homme habillé en marin – croquis dans le métro de Lille, ligne 2, le 25 oct 2016

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DLTEC #29 : mais cet homme était-il mort ?

Croquis de tête d'homme qui dort

Un étrange dormeur

L’homme dans le TGV dormait. Il dormait déjà quand je montai à bord et je me glissai à ma place à quelques encablures de là.

Il dormait sans mouvement, d’un beau sommeil bien lourd, tout rond, bien profond.

Quand le train s’ébranla, il ne bougea toujours pas. Les bras croisés, la tête couchée sur le côté, comme une barque échouée sur la plage. Même sa respiration semblait indistincte. Hormis ses vêtements, il était comme une statue de marbre. Son teint blanc, livide, imitait parfaitement la texture de la pierre, à tel point que je finis par me poser la question.

Etait-il un être vivant ou une reproduction, comme ces sculptures hyperréalistes, réalisées par des artistes maniaques ?

J’avais envie de le toucher pour me faire une opinion.

Oui, mais si je le réveillais ?

Oui, mais s’il était mort ?

Ça arrive, des fois, les gens qui meurent d’attaque cardiaque dans leur sommeil. Personne ne s’en  aperçoit et c’est à l’arrivée, à la descente, seulement, que le drame se révèle.

Valait-il mieux le savoir maintenant ? Ou valait-il mieux attendre ?

S’il était mort, ça n’aurait pas d’incidence. Un mort est un mort !

Oui, mais s’il avait fait simplement un malaise ? Peut-être qu’il était encore temps de le sauver ? Qui sait ?

Les champs doux de la plaine picarde défilaient à grande vitesse sous ma fenêtre.

Bon sang ! Mais qu’est-ce que c’était que ce type à l’air cadavérique ? Les autres le voyaient-ils aussi ou bien étais-je encore victime d’une hallucination ?

Quand la rame ralentit à l’orée des faubourgs de la capitale, n’y tenant plus, je me jetai sur lui et le secouai d’un grand « Monsieur, monsieur, on arrive ! » L’homme grogna, cligna des yeux, gromela. « Mais où suis-je dit-il ? » « A Paris, on est arrivé » « A Paris, me répondit l’homme ? Mais je devais aller à Bruxelles ! Pas à Paris ! »

Et il se leva d’un trait, prit ses affaires et fila ! Quand je longeai le quai à la Gare du Nord, pour prendre le métro, je le vis au loin, l’air égaré, s’adressant avec agitation à un contrôleur dont la seule réponse était un air blasé et impassible.

Homme qui dort dans le TGV - croquis au crayon réalisé dans le Lille-Paris de 6h41 lundi 24 oct 2016

Homme qui dort dans le TGV – croquis au crayon réalisé dans le Lille-Paris de 6h41 lundi 24 oct 2016

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DLTEC #28 : coup de folie dans le métro

 

croquis-homme-jeune

Tout avait l’air normal, mais…

Tiens ! J’étais à Paris dimanche. Porte d’Orléans. Il fallait que je prenne le métro pour remonter Gare du Nord. Dans la station, dans la rame, tout était calme.

Il y avait cette vieille dame avec un béret. On aurait dit une résistante pas au courant de la fin de la guerre.

Un jeune homme qui jouait à la console.

Cette femme asiatique au beau visage doux et énigmatique. Ah l’orient !

Mais à travers les signes de cette parfaite quiétude, je sentis quelque chose qui me rendit nerveux. Un détail, je n’aurais su dire lequel, qui m’échappait et m’angoissait.

Soudain, un détail curieux…

Les stations s’enchaînèrent : Alésia, Mouton-Duvernet, Denfert-Rochereau, puis d’autres encore… Des passagers montaient et descendaient, tous dans un silence curieux que je finis par remarquer. Leurs pas ne faisaient pas de bruit. Les portes du wagon coulissaient, mais sans bruit non plus. Et quand au signal de fermeture, il ne retentissait pas !

Étais-je en train de rêver ? D’être victime d’une soudaine surdité ? Pour le vérifier, je mis mon casque sur les oreilles et déclenchai la musique à fond. Aussitôt un déferlement de guitares saturées me pénétra les tympans. J’arrêtai immédiatement ce tintamarre, rassuré, et repris mon observation, mais à nouveau, les sons avaient disparu !

J’adressai la parole au grand jeune homme en face de moi, mais de ma bouche ne sortit qu’un souffle muet. Je recommençai encore. Mais mon organe avait semblait-il perdu sa capacité à faire vibrer l’air.  Je me mis alors à crier, puis à hurler en agitant les bras ! Mais le jeune homme resta aussi impassible qu’une momie. Pris de panique, je pivotai vers vers les autres autour de moi et me contorsionnai en mille gestes, mais personne ne sembla ni me voir ni m’entendre !

Un instant, le décor vacilla et ondula comme dans un mauvais effet visuel. L’effroi me colla contre les portes du wagon, comme un boxeur sonné dans les cordes d’un ring. Jamais une telle solitude ne s’abattit sur moi. Quelle folie était-ce donc ?

Mais, alors que je perdais l’équilibre, soudain du haut parleur s’échappa le nom de ma destination :

« Gare du Nord »

Puis encore, à nouveau : « Gare du nord ».

La rame freina, crissa, s’ébroua et s’arrêta. Les portes coulissèrent et laissèrent rentrer et sortir une foule bruyante et morne dans laquelle je me glissai avec soulagement. Je divaguai en transes dans les couloirs de la station et me laissai emporter par les escalators jusqu’à la surface, où je m’échouai contre une colonne. Et où, le vacarme de la gare, son brouhaha harmonieux m’accueillirent chaleureusement. Ouf, je n’avais pas perdu le son…

*DLTEC : Dans les transports en commun

Gens dans le métro - ligne 4 à Paris - 23 oct 2016

Gens dans le métro – ligne 4 à Paris – 23 oct 2016

Croquis ligne 4 à Paris réalisé le 23 oct 2016

Croquis ligne 4 à Paris réalisé le 23 oct 2016

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DLTEC #27 : quand votre femme disparait sans donner d’explication

Tête de jeune femme - croquis

Un étrange souvenir

Hier, notre rame s’est arrêtée « en pleine voie », comme ils disent à la SNCF. Juste au dessus de l’autoroute.

Machinalement, je portai mon regard au loin à la recherche de quelque point d’achoppement dans le paysage, mais c’est en moi même que se produisit l’inattendu. Soudain revint à ma mémoire un évènement étrange qui se produisit quelques années auparavant.

Chiara, ma femme d’alors avait disparu pendant deux jours sans donner de nouvelles. Je m’étais retrouvé seul avec mes filles devant inventer une histoire abracadabrante pour les rassurer, tandis que discrètement, je passai coup de fil sur coup de fil.

Pourtant, elle avait bien quitté le bureau comme tous les soirs. Richard, son boss, l’avait vu monter dans notre Opel, puis, plus rien.

Le lendemain, je me rongeais les ongles à attendre à un signe qui ne venait pas. Devais-je prévenir la police ou pas ? Je n’osais pas me sentir ridicule en monopolisant les forces de l’ordre pour un problème qui n’existait peut-être pas.

Le deuxième jour, je récupérai les filles à l’école. Quand nous rentrâmes, Chiara était là, tranquillement assise dans la véranda, à fumer une cigarette. Les filles se jetèrent sur elle pour l’embrasser. Moi, je la regardai. A un moment donné, son regard croisa le mien. Et puis, ce fut tout.

Je ne lui demandai jamais aucune explication.

La rame est repartie et je me remis à dessiner, comme je le faisais toujours pour passer le temps.

DLTEC : Dans les transports en commun

Jeune femme dans le métro - Lille, croquis réalisé ligne 2 - 19 oct 2016

Jeune femme dans le métro – Lille, croquis réalisé ligne 2 – 19 oct 2016

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DLTEC #26 : la fille déguisée en lapin rose

Croquis du visage d'une fille déguisée en lapin rose

Cette passion étrange pour les lapins

Moi, je n’ai jamais très bien compris les gens qui s’habillent en lapin.

Vous me direz, c’est pas très fréquent.

C’est vrai, mais l’autre jour, justement alors que je prenais le bus en direction de la Gare, monta cette jeune fille, la vingtaine, pas plus, un peu enrobée, tout de rose vêtue, des oreilles de lapin posées sur la tête dardant au plafond. Elle tirait derrière elle une immense valise, dans le but évident de partir quelque part, loin.

Mais à peine avait-elle posé son derrière sur une banquette que deux jeunes hommes commencèrent à s’en prendre à elle, se moquant de sa tenue et de son problème de surpoids.

Bien que je n’approuve pas cette manière de s’habiller en animal en public, aussi mignon soit-il, inutile de vous dire que le comportement de ces deux jeunes abrutis me fit sortir de mes gonds. De quel droit s’en prenaient-ils à cette jeune innocente ?

Porté par un sentiment de justice, d’une voie ferme et aguerrie (celle de Schwarzenegger dans Terminator), je les réprimandai. Mais, au lieu de les remettre à leur place, mon intervention ne fit que redoubler leurs railleries, à mon encontre, cette fois !

Voilà que j’étais la victime maintenant ! Et bien sûr, la fille en rose ne réagit pas. Elle continua, au contraire, à jouer sur son téléphone, comme si de rien n’était.

Arrivée à la gare, le lapin descendit lourdement de la plateforme du bus et s’enfonça dans la foule, suivi plus loin des deux jeunes. Quand à moi, je m’enfonçai dans le sous-sol vers le métro. Dans ma tête trottait des millions de lapins roses.

croquis-fille-lapin-rose

Bon allez, j’avoue. Les oreilles, elle les avait pas. Mais c’était trop tentant 🙂

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DLTEC #25 : Nadine, ma pire ennemie

femme-portrait

Quand je l’ai vue, je n’y ai pas cru. Nadine Vandenbasten, ma pire ennemie, était là, à moins de 3 mètres de moi dans la rame !

J’aurais pu lui faire le coup du parapluie bulgare ou lui tirer une balle dans la tête, elle n’aurait pas eu le temps de parer l’attaque. Dommage que je ne fus pas armé.

Incroyable !

Je ne l’avais pas revue depuis mes années de collège, mais j’étais sûr que c’était bien elle. A part les rides et la graisse qui lui empâtait le visage, elle n’avait pas changé. Nadine, ma pire ennemie. Lorsque nous étions ensemble en classe de 3ème, elle m’avait fait tous les coups, avec un acharnement que je n’ai jamais pu comprendre. Le sucre dans mes frites à la cantine, c’était elle ! Les rumeurs sur l’état de propreté de mes caleçons auprès de la gente féminine du collège, c’était encore elle ! Les dénonciations incessantes auprès du CPE pour mes menus forfaits de collégien immature, toujours elle ! La garce, la chienne, la salope ! Que je n’ai jamais pu coincer… Car elle ourdissait toujours ses actes avec une subtilité qui me dépassait.

Et voilà que, 25 ans plus tard, le présent me la régurgite sous cette forme féminine sans charme, moyenne, banale, de femme quarantenaire… assise devant moi, sans me voir, remplissant une grille de mots fléchés. Rendue à la routine de nos vieux âges.

J’aurais pu aller la saluer,  effacer les vexations, pardonner et rire de nos adolescences tourmentées, mais non ! Ma rancune dépassa mes bonnes intentions et sans pitié, je la croquais d’un trait rageur en espérant que les hoquets du wagon défigurent ignominieusement les traits de son visage si tranquille aujourd’hui.

Nadine, je te hais !

Femme dans le métro - Croquis au crayon réalisé dans le métro de Lille le 17 oct 2016

Femme dans le métro – Croquis au crayon réalisé dans le métro de Lille le 17 oct 2016

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DLTEC #24 : un espion dans le métro

Croquis de tête d'homme

De l’apparence des gens étranges

Hier, j’ai vu un type qui m’avait l’air étrange. Un gars avec une tête de russe. Les yeux clairs, les traits durs, les cheveux rasés courts, un grand manteau imperméable. Bref, un portrait « de gars pas d’chez nous » ! Il jouait sur son téléphone, calmement, le visage totalement impassible. Et je trouvais ça bien curieux. Cette façon mécanique de jouer, comme s’il n’était pas en train de jouer, mais de faire autre chose en même temps. Quelque chose que seuls des yeux experts auraient pu détecter.

Il a joué comme ça pendant tout le trajet, puis (hasard ? coïncidence ?) est sorti à la même station que moi, juste avant d’arriver à la gare de Lille Europe. Discrètement, je me me plaçai derrière lui dans le grand Escalator qui menait à la surface. A peine à l’air libre, il sortit un paquet de cigarettes de marque inconnue, s’en alluma une et se mit tranquillement et lentement à tirer dessus. Ce calme, pour moi, était le signe que ce type n’était pas un quidam comme les autres. Il marchait droit devant, d’un pas lent, mais déterminé, portant de temps à autre sa cigarette à la bouche dans un geste d’une élégance curieuse, décrivant des grands arcs de cercle, comme un officier militaire.

Victime de mon imagination ?

Nous descendîmes ensemble la rue du Faubourg de Roubaix, jusqu’à ce qu’il tourne à gauche dans une petite perpendiculaire. Je me mis à courir en petites foulées, prit à mon tour le virage dans la même direction, marchai à nouveau, relevai la tête pour le rattraper du regard, mais… mon champ de vision était vide !

Où était-il passé ? Dans ma tête se chevauchèrent, l’espace d’un instant, mille pensées, mais je devais vite me rendre à la réalité. Je l’avais perdu de vue ! Phénomène paranormal ? Distraction ? Hallucination ? En ouvrant la porte de mon appartement situé non loin de là, je ruminais encore  cette étrange évènement, dont le souvenir sibyllin vint hanter toute ma nuit.

Croquis homme dans le métro

L’homme seul : croquis réalisé dans le métro de Lille, entre la Gare de Roubaix et Croix Centre. 14 oct 2016

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DLTEC #23 : dans le métro, peut-on lire dans les pensées des autre voyageurs ?

 

Croquis d'un homme dans le métro

Lire dans les pensées permettrait de moins s’ennuyer pendant les voyages

Alors que je faisais tranquillement mon petit Roubaix-Lille dans la ligne 2, et que je vis ce gars un peu morne, un peu vide, je me demandais si, en me concentrant bien, j’arriverais à lire à ses pensées. Lire dans les pensées, le fantasme absolu ! Surtout lire dans les pensées des femmes. Pour essayer, j’ai donc commencé à le fixer du regard (ma théorie est que le regard peut transporter les pensées).

Mais, au bout de quelques instants, malgré l’énergie folle que j’y consacrai, rien ne me vint. Rien du tout. Enfin… si ! Le type a fini par s’apercevoir que je le fixai un peu trop et du coup, s’est dirigé vers moi en traversant le wagon.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardais ? T’es homo ou quoi ? »

C’était bien ma chance… un homophobe.

« Non, lui répondis-je un peu gêné, je… je.. je tentai une expérience scientifique. » Et en prononçant ces mots, je me dis que toute façon, ça n’aurait pas pu marcher, car, visiblement, ce type ne devait pas avoir grand chose sous le cabochon.

« Quoi ? De quoi ?! Qu’est-ce que tu dis ? » dit-il en élevant la voix afin que tout le wagon nous regarde.

« Je… disons que… voilà, je me demandais… je me demandais… si vous en vous fixant des yeux, je n’arriverai pas à lire dans vos pensées. »

Il me regarda à la fois d’un air énervé et désolé. Je pense qu’il se demandait si je n’étais pas un peu en train de me f… de sa g…

« T’es homo ? » fut tout ce qu’il put me dire à nouveau, le visage marqué par une sorte de gêne, la même que vous devez avoir lorsqu’un fou s’adresse à vous.

« De ce côté là, si ça peut vous rassurer, je ne suis ni homosexuel, ni transexuel, ni rien du tout d’ailleurs. » lui dis-je tout en chassant de mon esprit le fait que j’étais surtout célibataire et sans pratique sexuelle connue depuis un certain temps.

A ces mots, son visage se renfrogna plus encore, puis, sentant vraisemblablement qu’il n’avait pas affaire à une personne normale, il s’éloigna en me balançant juste un « Pauvre type ! », toujours sous le regard des autres passagers.

De mon côté, étant donné, que j’avais réussi le tour de force de me faire passer pour un parfait cinglé. Je préférai plonger mon nez dans mon téléphone à jouer à 2048 en espérant qu’aucune de mes connaissances de près ou de loin n’ait assisté à la scène.

Je ne pense pas renouveler cette expérience avant un certain temps.

Homme dans le métro - Lille - Métro ligne 2, croquis au crayon réalisés le s 11 et 12 oct 2016

Homme dans le métro – Lille – Métro ligne 2, croquis au crayon réalisés le s 11 et 12 oct 2016

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