DLTEC #34 : Le mari trompé

*DLTEC : Dans les transports en commun

Homme de dos

Une bien mauvaise rencontre

Ça devait forcément m’arriver un jour. Les mauvaises habitudes finissent toujours par se payer. Et ma petite manie de céder un peu trop facilement aux « tentations » de mes amies devaient fatalement se retourner contre moi.

Heureusement, il ne m’avait pas vu. Du moins, pas encore.

Il était monté à 3 stations de la mienne, à Fort de Mons. Et s’était installé dans un siège, libre malgré la foule compacte de l’heure de pointe. Il me tournait le dos, car je suppose que s’il m’avait aperçu, il serait directement venu vers moi, chercher quelques explications.

André était du type jaloux. Et il avait ses raisons. J’étais ami de sa femme depuis longtemps et, il est vrai, je dois l’avouer, qu’au cours d’une petite soirée tranquille un tant soi peu arrosée, nous avions, avec elle, commis l’irréparable. La connerie d’un soir, quoi ! Quelque chose qui n’aurait jamais du se produire, mais… nous avons tous nos petites faiblesses, n’est-ce pas ?

Bref, André n’avait pas tardé à découvrir l’impair… Il en avait conçu pour moi, une colère… comment dire… inextinguible… Et il valait mieux désormais que je ne croise pas son chemin.

Or, cela venait de se produire…

Pour lui échapper, je me tassai au plus profond de la rame autant que je le pus. Je me tordis comme une vieille feuille morte sur mon iPhone, lui tournant le dos, et croisai les doigts tout en adressant de vaines prières au ciel (alors que je n’avais pas pratiqué depuis ma première communion).

Irions-nous au clash devant les autres passagers ?

Il suffisait qu’André tourne la tête et saisisse dans son regard un petit bout de moi. Je savais qu’il me reconnaîtrait immédiatement !

Le temps semblait ignoblement long ! Entre les stations, les secondes et les minutes se mettaient à traîner en longueur et, à chaque arrêt, ma respiration s’arrêtait, tandis que, d’un regard en coin, j’essayai de voir si le mari trompé descendait.

Mais le supplice durait et plus nous nous rapprochions de ma destination, plus je craignais le pire… qu’il sorte à la même station que moi ! J’aurais alors du mal à éviter la fatale rencontre.

Et soudain, je sentis un mouvement d’air, un déplacement, quelque chose qui s’approchait de moi ! Je me collai encore plus contre la paroi du wagon, tentant de me confondre, tel un caméléon, avec le gris beigeasse de la décoration d’intérieur. J’étais paralysé, attendant avec impuissance que la main d’André se pose sur mon épaule.

Mais…

Au bout de ce qui me sembla une éternité, rien ne se passa. Personne ne vint me taper dans le dos.

Je me retournai lentement et cherchai André… Quand parmi les passagers, je constatai sa disparition, tout en moi se détendit ! J’avalai tout l’air que je pus dans mes poumons, ma respiration reprit, les battements de mon coeur revinrent à leur rythme normal, mon corps, presque trempé de sueur, s’affala lourdement sur la banquette. Je ressuscitai ! Au même moment retentit enfin le sempiternel mais libérateur ton feutré du haut parleur : « Gare Jean-Basptiste Lebas ». Plus rapide que l’éclair, je sortis à l’air libre, vivant, libéré !

Homme de dos - croquis du 2 nov 2016 - ligne 2 du métro de Lille
Homme de dos – croquis du 2 nov 2016 – ligne 2 du métro de Lille
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DLTEC #33 : Mathieu et les mystères de l’amour

*DLTEC : Dans les transports en commun

Tête d'homme lisant dans le métro

Mathieu, mon vieil ami

Les gens qui lisent des livres , avec du vrai papier et des vrais pages, sont devenus rares dans le métro lillois.

La plupart sont, soit les yeux perdus dans le vague, attendant on ne sait quelle libération, soit penchés, recourbés, recroquevillés sur leur téléphone, lisant, jouant, chattant, tentant dans tous les cas de tuer le temps intermédiaire et long des transports en commun.

Mais quand je le vis, et grâce à son livre, je sus tout de suite que c’était lui ! Mathieu, le lecteur ! Un fou de livres comme on en trouve rarement. Un véritable dévoreur de lignes, capable d’ingurgiter en moins d’une semaine 3 romans de 500 pages, sans moufter ! Un véritable marathonien  que seule la faim ou une envie pressante étaient capables d’arrêter pour une pause de quelques secondes.

En dehors de cette passion, Mathieu suivait des études… des études de quoi, je n’ai jamais bien réussi à le savoir… toujours est-il que depuis que je le connaissais (et ça faisait plus de 10 ans), il faisait toujours des études… de littérature ou de sociologie… quelque chose comme ça.

Je le saluai discrètement et quand il leva la tête, un immense sourire illumina son visage. Il était bien content de me voir. Et je sus assez vite pourquoi. Il tint absolument à me raconter l’histoire de ce type qui s’était suicidé il y a quelques jours en se jetant du haut de la ligne du métro. La notre précisément, la ligne 2, entre les stations Les Prés et Jean-Jaurès.

L’histoire véritable du marin

Il l’avait connu ! L’homme, toujours accoutré en tenue de marin, était un fou de marine à voile, mais qui n’était pas né à la bonne époque. Il devait son désespoir, non pas à cause de ce problème spatio-temporel, mais à cause d’une déception amoureuse. Une de plus ! Depuis plusieurs mois, il fréquentait cette fille magnifiquement belle qu’il avait connue chez des amis, lors d’un apéro en ville. Il s’était mis en tête de l’avoir à tout prix ! Et, on ne sait comment, car honnêtement, il n’était pas du genre à faire rire les femmes et à les attirer, il l’avait eue. Et pendant des mois, donc, ils se fréquentèrent. Mais très vite, leur relation prit une tournure affreuse. Du moins pour lui. Car cette fille, à laquelle il s’accrochait avec une sorte de désespoir pathétique, n’avait d’autre préoccupation que de le mener en bateau (ce qui est le cas de le dire) en le trompant effrontément avec tout ce qui passait à sa portée.

Il lui fallut du temps avant de s’en apercevoir. Mais quand ce fut le cas, plutôt que de la quitter, il ne la lâcha pas et continua à la fréquenter malgré le fait évident qu’elle n’éprouvait pas le moindre sentiment à son égard.

Et puis, un jour, il découvrit son comportement ignoble. Et c’est alors qu’il fut pris par le ressentiment et la tristesse. Il lui annonça qu’il allait partir, ce qui, bien évidemment, ne provoqua en elle aucune réaction. Alors, comprenant qu’il n’avait été qu’un pantin malheureux, il décida de mettre fin à ses jours de cette façon peu ordinaire (et que j’ai racontée dans un DLTEC précédent).

Mathieu me sourit.

Il avait ce drôle d’air de satisfaction que je lui connaissais bien et qui annonçait un retour en immersion dans sa lecture.

Je le saluai poliment et le quittai en l’invitant à boire un verre un de ces jours, bien que je sus qu’il n’y avait aucune chance que nous nous revoyions de cette façon et continuai ainsi ma journée, marqué par cette histoire étrange,  me demandant comment un homme pouvait accepter aussi longtemps de se faire humilier par une femme. Et de l’autre côté, je me demandais aussi comment une femme pouvait-elle être aussi cruelle pour tromper aussi longtemps et aussi visiblement son amant officiel.

Mystères de l’amour.

Jeune homme lisant dans le métro (Mathieu) - Croquis au crayon puis encré - réalisé le 31 oct 2016
Jeune homme lisant dans le métro (Mathieu) – Croquis au crayon puis encré – réalisé le 31 oct 2016

DLTEC #31 : Seul dans la rame

Croquis dans le métro

C’était le dernier jour de la semaine. Ouf, il était temps ! Nous étions seuls dans la rame avec ce gars totalement concentré sur son téléphone, sans doute en train de jouer à je ne sais quel jeu. Même au moment où je fis mon apparition brutale, il ne leva pas les yeux de son écran. Les ravages des téléphones intelligents, me dis-je. Plus personne ne fait attention à personne. Déjà que ça n’était pas brillant avant. L’invention de ces petits appareils nous isolait encore plus les uns des autres. Vous pouviez être « connecté » avec vos amis qui se trouvaient à 10,000 km de là, par contre, être totalement absent avec vos voisins à moins de 2m de vous.

Tout à fait paradoxal !

N’ayant rien d’autre à faire, je sortis également mon smartphone de ma poche et me lançai dans une partie effrénée de 2048, un jeu de patience qui avait le don de vous faire oublier le temps et tout ce qui vous entoure. Comme une drogue !

Nous jouâmes pendant quelques stations, puis le jeune homme descendit et je me retrouvai seul dans la rame. Il n’était pas si tard pourtant. A cet horaire, d’habitude, les rames n’étaient pas vides… (la suite bientôt)

*DLTEC : Dans les transports en commun

Croquis du 27 oct 2016 - métro de Lille - ligne 2
Croquis du 27 oct 2016 – métro de Lille – ligne 2

DLTEC #30 : un marin dans le métro

Croquis homme dans le métro

Pourquoi cet homme pleurait-il dans le métro ?

Ça n’était pas la première fois que nous restâmes coincés au dessus de l’autoroute, entre Les Prés et Jean-Jaurès . Le métro y avait pris sa petite habitude et nous offrait, presque chaque jour, un court instant inutile, une bulle spatio-temporelle, dans notre traintrain quotidien.

Parmi les passagers qui patientaient, il y avait ce type, que je remarquai alors, à chaque fois que cet arrêt impromptu se produisait. Un caban, un bonnet de marin sur la tête, un anneau dorée dans le lobe. Une ancre tatouée dans le cou. Comme un marin. Je le regardai laisser perdre son regard dans le lointain, par dessus les plages de bitume, les constructions anarchiques de cette zone de la métropole, dans la brume naissante de l’hiver. Et à chaque fois, après quelques secondes d’observation, je le voyais laisser naître de son oeil droit une larme qui descendait ensuite lentement de sa joue pour aller se briser dans les poils de sa barbe.

De son visage émanait une profonde tristesse, un drame terrible qu’il laissait deviner par cette insignifiante goutte d’eau salée émise de son oeil.

Un jour, n’y tenant plus, je m’approchais de lui. Et, comme lui, je jetais mon regard dans le vague. Comme d’habitude, la larme coula. Puis, une fois qu’elle eut atteint l’orée de sa barbe, il dit, sans détourner les yeux :

« C’est dans ces petits instants fugaces qu’on apprécie d’être en vie. » Suivi d’un long soupir bourré à craquer de significations profondes qui, je dois dire, m’échappaient un tantinet. Je ne lui répondis pas et la rame repartit.

Je ne l’ai plus jamais revu depuis. Mais ce matin, en épluchant mon gratuit, j’appris qu’un homme, en bonnet de marin, s’était jeté de la voie de métro sur l’autoroute entre Les Prés et Jean-Jaurès. Quel curieux hasard, n’est-ce pas ?

Homme habillé en marin - croquis dans le métro de Lille, ligne 2, le 25 oct 2016
Homme habillé en marin – croquis dans le métro de Lille, ligne 2, le 25 oct 2016

DLTEC #27 : quand votre femme disparait sans donner d’explication

Tête de jeune femme - croquis

Un étrange souvenir

Hier, notre rame s’est arrêtée « en pleine voie », comme ils disent à la SNCF. Juste au dessus de l’autoroute.

Machinalement, je portai mon regard au loin à la recherche de quelque point d’achoppement dans le paysage, mais c’est en moi même que se produisit l’inattendu. Soudain revint à ma mémoire un évènement étrange qui se produisit quelques années auparavant.

Chiara, ma femme d’alors avait disparu pendant deux jours sans donner de nouvelles. Je m’étais retrouvé seul avec mes filles devant inventer une histoire abracadabrante pour les rassurer, tandis que discrètement, je passai coup de fil sur coup de fil.

Pourtant, elle avait bien quitté le bureau comme tous les soirs. Richard, son boss, l’avait vu monter dans notre Opel, puis, plus rien.

Le lendemain, je me rongeais les ongles à attendre à un signe qui ne venait pas. Devais-je prévenir la police ou pas ? Je n’osais pas me sentir ridicule en monopolisant les forces de l’ordre pour un problème qui n’existait peut-être pas.

Le deuxième jour, je récupérai les filles à l’école. Quand nous rentrâmes, Chiara était là, tranquillement assise dans la véranda, à fumer une cigarette. Les filles se jetèrent sur elle pour l’embrasser. Moi, je la regardai. A un moment donné, son regard croisa le mien. Et puis, ce fut tout.

Je ne lui demandai jamais aucune explication.

La rame est repartie et je me remis à dessiner, comme je le faisais toujours pour passer le temps.

DLTEC : Dans les transports en commun

Jeune femme dans le métro - Lille, croquis réalisé ligne 2 - 19 oct 2016
Jeune femme dans le métro – Lille, croquis réalisé ligne 2 – 19 oct 2016

DLTEC #25 : Nadine, ma pire ennemie

femme-portrait

Quand je l’ai vue, je n’y ai pas cru. Nadine Vandenbasten, ma pire ennemie, était là, à moins de 3 mètres de moi dans la rame !

J’aurais pu lui faire le coup du parapluie bulgare ou lui tirer une balle dans la tête, elle n’aurait pas eu le temps de parer l’attaque. Dommage que je ne fus pas armé.

Incroyable !

Je ne l’avais pas revue depuis mes années de collège, mais j’étais sûr que c’était bien elle. A part les rides et la graisse qui lui empâtait le visage, elle n’avait pas changé. Nadine, ma pire ennemie. Lorsque nous étions ensemble en classe de 3ème, elle m’avait fait tous les coups, avec un acharnement que je n’ai jamais pu comprendre. Le sucre dans mes frites à la cantine, c’était elle ! Les rumeurs sur l’état de propreté de mes caleçons auprès de la gente féminine du collège, c’était encore elle ! Les dénonciations incessantes auprès du CPE pour mes menus forfaits de collégien immature, toujours elle ! La garce, la chienne, la salope ! Que je n’ai jamais pu coincer… Car elle ourdissait toujours ses actes avec une subtilité qui me dépassait.

Et voilà que, 25 ans plus tard, le présent me la régurgite sous cette forme féminine sans charme, moyenne, banale, de femme quarantenaire… assise devant moi, sans me voir, remplissant une grille de mots fléchés. Rendue à la routine de nos vieux âges.

J’aurais pu aller la saluer,  effacer les vexations, pardonner et rire de nos adolescences tourmentées, mais non ! Ma rancune dépassa mes bonnes intentions et sans pitié, je la croquais d’un trait rageur en espérant que les hoquets du wagon défigurent ignominieusement les traits de son visage si tranquille aujourd’hui.

Nadine, je te hais !

Femme dans le métro - Croquis au crayon réalisé dans le métro de Lille le 17 oct 2016
Femme dans le métro – Croquis au crayon réalisé dans le métro de Lille le 17 oct 2016

DLTEC #24 : un espion dans le métro

Croquis de tête d'homme

De l’apparence des gens étranges

Hier, j’ai vu un type qui m’avait l’air étrange. Un gars avec une tête de russe. Les yeux clairs, les traits durs, les cheveux rasés courts, un grand manteau imperméable. Bref, un portrait « de gars pas d’chez nous » ! Il jouait sur son téléphone, calmement, le visage totalement impassible. Et je trouvais ça bien curieux. Cette façon mécanique de jouer, comme s’il n’était pas en train de jouer, mais de faire autre chose en même temps. Quelque chose que seuls des yeux experts auraient pu détecter.

Il a joué comme ça pendant tout le trajet, puis (hasard ? coïncidence ?) est sorti à la même station que moi, juste avant d’arriver à la gare de Lille Europe. Discrètement, je me me plaçai derrière lui dans le grand Escalator qui menait à la surface. A peine à l’air libre, il sortit un paquet de cigarettes de marque inconnue, s’en alluma une et se mit tranquillement et lentement à tirer dessus. Ce calme, pour moi, était le signe que ce type n’était pas un quidam comme les autres. Il marchait droit devant, d’un pas lent, mais déterminé, portant de temps à autre sa cigarette à la bouche dans un geste d’une élégance curieuse, décrivant des grands arcs de cercle, comme un officier militaire.

Victime de mon imagination ?

Nous descendîmes ensemble la rue du Faubourg de Roubaix, jusqu’à ce qu’il tourne à gauche dans une petite perpendiculaire. Je me mis à courir en petites foulées, prit à mon tour le virage dans la même direction, marchai à nouveau, relevai la tête pour le rattraper du regard, mais… mon champ de vision était vide !

Où était-il passé ? Dans ma tête se chevauchèrent, l’espace d’un instant, mille pensées, mais je devais vite me rendre à la réalité. Je l’avais perdu de vue ! Phénomène paranormal ? Distraction ? Hallucination ? En ouvrant la porte de mon appartement situé non loin de là, je ruminais encore  cette étrange évènement, dont le souvenir sibyllin vint hanter toute ma nuit.

Croquis homme dans le métro
L’homme seul : croquis réalisé dans le métro de Lille, entre la Gare de Roubaix et Croix Centre. 14 oct 2016

DLTEC #23 : dans le métro, peut-on lire dans les pensées des autre voyageurs ?

 

Croquis d'un homme dans le métro

Lire dans les pensées permettrait de moins s’ennuyer pendant les voyages

Alors que je faisais tranquillement mon petit Roubaix-Lille dans la ligne 2, et que je vis ce gars un peu morne, un peu vide, je me demandais si, en me concentrant bien, j’arriverais à lire à ses pensées. Lire dans les pensées, le fantasme absolu ! Surtout lire dans les pensées des femmes. Pour essayer, j’ai donc commencé à le fixer du regard (ma théorie est que le regard peut transporter les pensées).

Mais, au bout de quelques instants, malgré l’énergie folle que j’y consacrai, rien ne me vint. Rien du tout. Enfin… si ! Le type a fini par s’apercevoir que je le fixai un peu trop et du coup, s’est dirigé vers moi en traversant le wagon.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardais ? T’es homo ou quoi ? »

C’était bien ma chance… un homophobe.

« Non, lui répondis-je un peu gêné, je… je.. je tentai une expérience scientifique. » Et en prononçant ces mots, je me dis que toute façon, ça n’aurait pas pu marcher, car, visiblement, ce type ne devait pas avoir grand chose sous le cabochon.

« Quoi ? De quoi ?! Qu’est-ce que tu dis ? » dit-il en élevant la voix afin que tout le wagon nous regarde.

« Je… disons que… voilà, je me demandais… je me demandais… si vous en vous fixant des yeux, je n’arriverai pas à lire dans vos pensées. »

Il me regarda à la fois d’un air énervé et désolé. Je pense qu’il se demandait si je n’étais pas un peu en train de me f… de sa g…

« T’es homo ? » fut tout ce qu’il put me dire à nouveau, le visage marqué par une sorte de gêne, la même que vous devez avoir lorsqu’un fou s’adresse à vous.

« De ce côté là, si ça peut vous rassurer, je ne suis ni homosexuel, ni transexuel, ni rien du tout d’ailleurs. » lui dis-je tout en chassant de mon esprit le fait que j’étais surtout célibataire et sans pratique sexuelle connue depuis un certain temps.

A ces mots, son visage se renfrogna plus encore, puis, sentant vraisemblablement qu’il n’avait pas affaire à une personne normale, il s’éloigna en me balançant juste un « Pauvre type ! », toujours sous le regard des autres passagers.

De mon côté, étant donné, que j’avais réussi le tour de force de me faire passer pour un parfait cinglé. Je préférai plonger mon nez dans mon téléphone à jouer à 2048 en espérant qu’aucune de mes connaissances de près ou de loin n’ait assisté à la scène.

Je ne pense pas renouveler cette expérience avant un certain temps.

Homme dans le métro - Lille - Métro ligne 2, croquis au crayon réalisés le s 11 et 12 oct 2016
Homme dans le métro – Lille – Métro ligne 2, croquis au crayon réalisés le s 11 et 12 oct 2016

DLTEC #22 : quel air avoir dans le métro ?

L'homme qui n'avait l'air de rien - croquis dans le métro de Lille - 8 oct 2016 (cliquez pour agrandir)

 

L'homme qui n'avait l'air de rien - croquis dans le métro de Lille - 8 oct 2016 (cliquez pour agrandir)

Lorsque vous n’avez rien pour vous occuper, lorsque vous êtes seul dans le métro et que vous devez attendre patiemment attaché à la barre ou engoncé sur un siège pendant 20 stations, il est important de vous donner un air qui imposera votre personnalité aux autres passagers. Oui, mais quel air ?

L’air de celui qui réfléchit

Excellente attitude ! Froncez les sourcils, regardez au loin, ou au sol. Ayez le regard vague de celui qui est dans ses pensées. Barrez votre front de quelques rides en prenant un air soucieux. Oui, vous avez des problèmes, des problèmes importants même, mais vous consacrez tout votre temps à les résoudre, y compris dans les transports en commun, et c’est ça qui fait votre force, votre personnalité. Vous agissez, même quand vous ne pouvez pas agir. Air très efficace qui vous classera d’emblée dans les rangs des gens avec qui il ne faut pas rire.

L’air hilare

À éviter. Un sourire niais illumine vaguement votre visage. Vous soupirez de temps en temps comme un amoureux transi. Vos yeux pétillent d’un on ne sait quoi qui semble merveilleux mais inaccessible aux autres passagers. Pourquoi pas, si vous êtes vraiment amoureux. Mais à éviter dans tous les autres cas. Au mieux, on vous prendra pour un imbécile heureux, au pire, pour un de ces cinglés qui vivent dans les galeries des transports en commun et dont il ne vaut mieux pas se rapprocher.

L’air vide

Attitude la plus commune en ces temps compliqués. L’air vide consiste à avoir l’air d’exister, mais à l’état de légume. Vous donnez l’impression d’être arrêté. Votre regard vitreux se perd dans les méandres de la rame. Votre buste n’est pas droit et trahit l’absence de tonus. Vos mains pendent sur le côté (comme les pattes d’un poulet mort), comme si vous n’aviez plus la force de soulever vos bras. Laissez couler un filet de bave au coin de votre bouche et votre air sera parfait. Personne n’osera venir vous déranger, même si vous vous mettez à éructer des mots sans queue ni tête pour briser le silence.

L’air sûr de soi

Tenez vous raide. Serrez les mâchoires. Ne dites rien. Regardez loin à l’horizon. Respirez fort et soulevez votre poitrine fortement à chaque respiration. Crispez vos mains sur votre mallette ou votre sac à main jusqu’à ce que leurs articulations deviennent blanches. Ne bougez pas un cil (mais vous pouvez quand même péter en douceur). Vous êtes une statue de Charles de Gaulle. Tout le wagon en sera ébahi et vous regardera avec un regard de crainte mêlé de respect. Faites ça pendant 10 stations, vous en ressortirez comme un homme ou une femme neuf(ve).

L’air bienveillant

Donnez-vous pour mission de rassurer toute la rame par votre air bienveillant. Ayez un sourire légèrement esquissé (mais pas trop comme nous l’avons vu plus haut) au bas de votre visage. Vos yeux doivent avoir l’air clairs. Ecarquillez-les légèrement (mais pas trop non plus, pour ne pas avoir l’air complètement dingue). Baissez un tantinet vos paupières, non pas pour vous donner un air endormi, mais pour mettre un peu de douceur dans votre regard. Puis, regardez les gens tranquillement un à un, et lorsque votre regard croise le leur, donnez leur un léger signe de tête indiquant que vous les avez compris. Que vous savez. Que vous êtes deux à savoir. A savoir, quoi ? Personne ne le sait exactement, mais vous savez… Et rien que cette certitude aidera votre « interlocuteur » à se sentir moins seul dans cette rame surchargée.

L'homme qui n'avait l'air de rien - croquis dans le métro de Lille - 8 oct 2016 (cliquez pour agrandir)
L’homme qui n’avait l’air de rien – croquis dans le métro de Lille – 8 oct 2016 (cliquez pour agrandir)

Dans les transports en commun #21 : les femmes prennent-elles plus les transports en commun ?

Je vais vous étonner, mais je pense que les transports en commun sont pris bien plus souvent par les femmes que par les hommes. Si si !

Les hommes, s’ils n’ont pas un volant entre les mains s’ennuient ou ont l’impression de ne pas maîtriser leur trajectoire. Ou bien peut-être ont-ils la sensation, largement erronée, que « ça » va moins vite en transport en commun. Ce qui est en contradiction avec leur nature originale de chasseur (le chasseur, voyez-vous, a besoin de courir vite, soit pour attraper sa proie, soit pour fuir cette mammouth femelle en train de charger parce qu’elle l’a vu emmerder son petit avec sa lance en bois).

Résultat, je pense que ce sont les femmes qui les utilisent le plus (les transports en commun, pas les hommes). Ça ne se voit pas en heure de pointe, mais, en revanche, dès que les wagons se vident, ou les plateformes de bus, c’est très net. En tout cas, ici, à Lille.

Gens dans le métro, un lundi matin à Lille - Croquis réalisé au crayon, mise en couleur à l'encre acrylique
Gens dans le métro, un lundi matin à Lille – Croquis réalisé au crayon, mise en couleur à l’encre acrylique